L'Europe centrale aux portes du marché des capitaux de l'Union européenne

Jean-Pierre Paelinck 1



Les bourses des pays de l'Europe Centrale ont évolué selon les besoins, moyens et politiques des pays concernés, autrement dit chacune à sa façon, chacune à son propre rythme.

Avant d'aborder les spécificités des bourses de la Bulgarie, Estonie, Hongrie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Slovénie et République Tchèque, je vais tenter d'en esquisser les caractéristiques générales, à partir d'une observation (personnelle mais aussi objective que possible).

La bourse a été considérée comme un des attributs principaux de la souveraineté nationale de ces démocraties naissantes issues de la chute du "Rideau de Fer".


LA BOURSE AVANT LA LETTRE

Le moins qu'on puisse dire est que les promoteurs des bourses de l'Europe Centrale ont fait preuve d'initiative et d'audace en mettant les structures en place avant même que le cadre juridique ne soit capable de protéger les investisseurs d'une façon adéquate.

C'est donc dans un système ancien et en fait plutôt hostile au niveau de l'ancienne nomenklatura que ces bourses ont vu leurs premiers jours, heureusement souvent aidées par des dirigeants à large ouverture d'esprit et souvent aussi issus des milieux en place qui avaient ressenti qu'il fallait évoluer dans un contexte de mondialisation.


LES ABEILLES SE SONT APPROVISIONNEES DANS LE MONDE ENTIER

Souvent dans des conditions financières difficiles, les dirigeants des bourses d'Europe Centrale sont parvenus à se renseigner auprès de leurs collègues de l'Union Européenne et ont pu générer des connaissances qui, par la suite, ont épaté les bourses attentives à leur évolution.

Les bourses de l'Europe Centrale ont surtout conçu leur propre système de négociation, adapté à la situation locale et au degré d'évolution de leur économie. C'est ainsi que les logiciels acquis en Union Européenne ont régulièrement été développés et transformés, au goût du jour et adaptés aux moyens du bord. Ce n'est qu'une partie fort restreinte des "software packages" acquis à l'étranger, surtout en EU, qui a pu être utilisée et maintenue.

Ce processus d'adaptation des logiciels a été facilité par le haut niveau des compétences du personnel en place. Il ne faut pas oublier que les bourses d'Europe Centrale ont dû sauter sur le train en marche et qu'elles n'ont pas eu le choix car pour obtenir une reconnaissance internationale et pour servir les intérêts de leur industrie à rénover, il leur fallait mériter la confiance des investisseurs internationaux.


CONTINUITE ET COMPETENCE

Dans la plupart des bourses, la continuité au niveau de la direction et du personnel de cadre a permis de développer la compétence des pionniers de l'économie de marché. Ces bourses savaient qu'elles devaient, plus que les bourses traditionnelles, faire preuve de qualité dans le contrôle des transactions et des membres, de supervision, de transparence, de prudence lors de l'admission à la cote ainsi qu'en matière de licence à octroyer aux intermédiaires financiers.

Ce sont des équipes hétérogènes (souvent de formation inattendue, biologistes, mathématiciens, économistes, juristes…) mais de haut niveau, qui ont obtenu le soutien des autorités en place tout en s'assurant la confiance des investisseurs nationaux. Ce n'était pas une tâche facile mais ces bourses savaient que sans confiance locale, les gestionnaires de fonds étrangers s'abstiendraient. Les équipes performantes ont su se maintenir, ce qui a évité la fuite des cerveaux et la perte des connaissances.
On a pu remarquer que la compétence et les bonnes idées n'étaient déterminées ni par la nature juridique des institutions ni par le caractère public ou privé des bourses.

Les nouvelles bourses de l'Europe Centrale sont presque toutes entre les mains de personnalités de haut niveau qui ont dû vaincre les réticences des fins de régime.

Ces dirigeants ont surtout dû compter sur eux-mêmes car leurs confrères de l'Ouest avaient à se frayer eux-mêmes un chemin à travers les embûches et les opportunités du nouveau paysage créé par les directives européennes sur les services d'investissement et autres dispositions applicables.

Heureusement d'autres ont offert des stages et ont réellement contribué au succès de la mise en place de marchés réglementés valables. Tout ceci était d'ailleurs dans l'intérêt de l'Europe, de l'élargissement et du renouveau de l'économie de la région sur l'échiquier mondial.

Du 7 au 9 octobre 1998, la bourse de Bratislava (qui a toujours, et même pendant la récente période difficile que la Slovaquie a connue, joué un rôle de premier plan en faveur du développement économique du pays), a organisé une réunion des bourses de l'Europe Centrale (Prague, Budapest, Varsovie, Bratislava et Ljubljana) pour revoir l'indice commun CESI. L'indice CESI est composé de 46 blue chips avec une capitalisation totale de 22.2 Mrd $.

Budapest a 8 actions, soit 30.53% de la capitalisation. totale;
Prague 15 26.22%
Varsovie 15 33.71%
Bratislava 3 2.56%
Ljubljana 5 6.97%


Les bourses de Bratislava, Budapest, Ljubljana, Prague et Varsovie, lors de la dernière réunion, le 4 mars à Prague, se sont tout spécialement penchées sur l'attitude à avoir face à la création du marché pan-européen des capitaux autour des axes Londres-Frankfurt et Paris-Zurich-Milan.

En fait, toutes les bourses de la région souhaitent coopérer avec les bourses occidentales mais aussi harmoniser leurs systèmes de négociation et le cadre réglementaire.


LA BULGARIE

Pour comprendre la situation économique de la Bulgarie, il faut d'abord se rendre compte tant de la richesse spirituelle (qui peut-être symbolisée par le monastère de RYLA) que de l'immense souffrance de ce peuple sous la dictature d'un régime dont la Bulgarie a eu beaucoup de mal à se séparer. Le monastère RYLA évoque la croisée des chemins du commerce international et le lieu de rencontre entre l'Est et l'Ouest.

Même pour la bourse les forces du renouveau ont eu bien du mal à vaincre l'influence de l'ancien régime et pour l'économie en général il en a été de même. L'Institut de Politique Economique a joué un rôle important, ainsi que le Professeur Angel MARTCHEV de l'Université pour l'Economie Mondiale et Nationale, pour aider la Bourse à se positionner dans l'économie de marché. Les débuts furent difficiles, la transparence n'y était pas. L'investisseur n'était pas protégé, pire encore, la négociation des valeurs mobilières était entravée par des dispositions bureaucratiques qui émanaient d'une incompréhension du mécanisme de privatisation ou même d'un souhait de ne pas voir la transition se réaliser.

Entre-temps la situation politique est devenue plus favorable à la mise en place d'un marché de capitaux valable. Les deux bourses concurrentes (c'est un euphémisme) ont été fusionnées en une "BULGARIAN STOCK EXCHANGE - SOFIA".

Le développement du marché des capitaux est indispensable à la restructuration de l'économie bulgare. La nouvelle loi (en voie d'approbation au Parlement) sur l'Offre Publique des Valeurs Mobilières introduit plus de transparence dans le marché, et vise à protéger les investisseurs (et à obtenir ainsi la reconnaissance internationale du marché réglementé !). Le gouvernement actuel (du Premier Ministre Ivan KOSTOV) soutient le renouveau économique et participe aux travaux de mise en place du marché des capitaux, du dépositaire central, d'une législation adéquate en matière d'admission à la cote et de la surveillance des intermédiaires financiers. Ce même gouvernement est en faveur d'une large répartition des valeurs mobilières parmi les Bulgares et de l'investissement des gestionnaires de fonds étrangers.

Le rythme des réformes a pu être accéléré. 25% des actifs de l'Etat ont déjà été privatisés. Depuis 1996, le marché des capitaux est surveillé par une "Securities and Stock Exchanges Commission". L'actuelle bourse répond aux normes internationales et est reconnue par ses principaux correspondants étrangers d'Athènes et de Bucarest, avec lesquels elle étudie des possibilités de coopération. Des rencontres ont eu lieu à Thessalonique et ont donné lieu, le 17 décembre 1997, à un document d'intention. Je cite cela en tant qu'exemple de coopération transfrontalière entre futurs membres et membres actuels de l'UE.

En février 1999 il y avait déjà 22 sociétés cotées mais pas encore assez de titres suffisamment attrayants. Ceci explique la réticence des investisseurs et le volume réduit des transactions. Le volume des transactions ne semble malheureusement pas progresser.

En février, 869 sociétés faisaient l'objet de transactions (dont les 22 officiellement cotées en bourse)..

L'indice BSE a été temporairement suspendu en attendant le réel envol des affaires, lorsque de nouvelles valeurs auront rendu le marché plus dynamique. C'est parfois en ces moments là qu'on fait les meilleures affaires.


L'ESTONIE

L'Estonie est en pleine mutation et jouit de l'appui de ses partenaires scandinaves. La ville de Tallinn est une des plus belles villes d'Europe. Toutefois, la campagne demeure fort pauvre. Le niveau des salaires des fonctionnaires d'Etat est trop bas pour attirer les meilleurs éléments.

Le pays a d'excellents contacts surtout avec la Finlande (avec laquelle l'Estonie a toujours traité grâce à la similarité des langues) et avec la Suède qui jouit d'un grand prestige dans la région au niveau des affaires en général et de la finance en particulier.

Ce ne sont pas les initiatives qui ont manqué pour mettre une bourse de valeurs mobilières en place. Les pionniers (en période soviétique) en la matière étaient des théoriciens du secteur "marketing". Ceux-ci créèrent une association en vue de la création de la bourse : "The Exchange Association of Estonia".

Les contacts furent établis avec les collègues baltes, y compris St Petersbourg et Kaliningrad. C'était en ce groupe de personnes que nous avons vu se développer l'idée et le projet d'introduction d'une nouvelle monnaie, la couronne estonienne, pendant que l'URSS occupait toujours le territoire. A l'instar d'autres endroits des Pays d'Europe Centrale et Orientale (PECO), c'est dans les milieux des professeurs de marketing (discipline autorisée en période communiste) que l'idée d'organiser le marché des capitaux est née. La réalisation s'est faite avec l'aide des experts bancaires estoniens.

L'Estonie a l'avantage d'avoir un Président de tout haut niveau moral, intellectuel et politique, Lennart MERI. Le pays fait partie du groupe de pays de la première vague d'adhésion à l'Union Européenne. Cette mesure européenne a été en quelque sorte un drame dans la région où les trois pays avaient et ont toujours besoin de solidarité vis-à-vis de voisins trop puissants. La préférence de l'UE vis-à-vis de l'Estonie a créé entre les pays baltes de fortes tensions dont ces pays auraient bien pu se passer, surtout quand on observe que leur développement économique et social n'est pas tellement différent. On comprend que l'Estonie n'a pas pu refuser l'offre de l'UE mais on doit également se rendre compte de l'embarras créé par cette mesure qui est ressentie comme une discrimination malheureuse et un symptôme d'incompréhension vis-à-vis des problèmes stratégiques régionaux.

Depuis 1992, la couronne estonienne est liée au DEM (actuellement à l'euro). Les échanges commerciaux sont en quelques années passés de l'Est à l'Ouest.

L'inflation en Estonie a été ramenée à un taux satisfaisant de +- 6.5%. Les Estoniens tiennent à la stabilité de leur couronne et y voient un symbole de leur indépendance, d'un meilleur avenir et d'un moyen pour combattre la pauvreté. Le Fonds Monétaire International a contribué au succès de la réforme monétaire.

Les dernières années, le produit intérieur brut est en constante progression de 4 à 10%. Le budget est équilibré. La balance des paiements est en équilibre grâce aux investissements étrangers à long terme. Le taux de chômage était de 4.5% en décembre 1998.

La BERD a financé bon nombre de projets publics et privés, essentiellement dans les secteurs de l'approvisionnement en eau potable (celle-ci auparavant venait d'une réserve située en dessous des lignes d'atterrissage et de décollage des avions près de l'aéroport de Tallinn, là où les avions consomment un maximum de kérosène…!), aéroports, chemins de fer, banques du secteur privé via le "Baltic Investment Special Fund".

L'Estonie compte une quinzaine de banques. Les investisseurs étrangers (pour la plupart stratégiques et souvent suédois) comptent pour plus de 40% du capital de celles-ci. Le système bancaire est considéré comme fiable, les valeurs bancaires demeurent cependant assez volatiles en bourse.

Tout comme les bourses des autres pays baltes, la bourse de Tallinn fonctionne actuellement bien.

Le marché des capitaux d'Estonie a souffert de la crise en Russie et en Asie. L'indice TALSE a perdu 66% de sa valeur en 1998. D'autre part, le lancement de ESTONIAN TELECOM a été un énorme succès qui a eu une grande influence sur les cours en 1999 et qui a doublé la capitalisation boursière de Tallinn (qui a été doublée à 1.3 Mrds de US dollars). Un autre facteur favorable important est la coopération en matière boursière entre les trois pays baltes.

Les bourses de Tallinn et Riga coopèrent déjà en matière de règlement livraison et d'accès des membres. Tout cela va dans le sens de la constitution d'un marché des capitaux unifié pour les trois pays de la région. Le marché des actions représente actuellement 26% du BNP de l'Estonie, ce qui est fort élevé comparé aux autres pays de l'Europe Centrale et Orientale.

Les investisseurs étrangers représentent 60% de la valeur des actions des sociétés cotées en bourse. La bourse de Tallinn a l'intention de permettre l'accès à distance à la bourse à certains intermédiaires financiers étrangers.

Le marché a été rendu transparent et attrayant étant données les perspectives de croissance d'une économie dynamique bien située géographiquement et favorisée par une population active de tout haut niveau de formation qui a mérité l'intérêt des investisseurs étrangers et nationaux.

L'Estonie est une démocratie économiquement et culturellement proche des pays de l'UE.


LA HONGRIE

La Hongrie a surtout investi dans les industries de haute technologie, les nouveaux produits. Le management des industries (en lesquelles beaucoup de capitaux étrangers ont été investis) a été modernisé. La Hongrie est membre de l'OECD. La privatisation hongroise fut réelle, l'Etat ayant vendu librement ses actifs à de réels investisseurs, ce qui ne peut être dit de tous les pays, y compris en Europe Occidentale où parfois les sociétés étatiques ont changé de main sans que le public ait eu l'opportunité de souscrire aux parts. 70% du secteur bancaire hongrois relèvent du secteur privé. Ce chiffre est appelé à croître. Les étrangers possèdent 50% des banques privées. Le cadre institutionnel hongrois, créé par les lois de 1992, est favorable au monde des affaires et les investisseurs étrangers en ont fait bon usage.

L'économie hongroise connaît une croissance remarquable et assez constante actuellement de 4%, grâce à une industrie dynamique à haute valeur ajoutée en laquelle les investissements ont crû de 9% en 1997 et de 13 à 14% en 1998.

Le commerce extérieur est en hausse et la consommation soutient la croissance économique à raison d'une augmentation de 2% en 1997 et de 3 à 4% en 1998. Le secteur agricole ne suit cependant pas ce rythme. Les exportations ont souffert de la réduction des achats par la Russie. La balance des comptes courants est en déficit. Cela est partiellement causé par le rapatriement des bénéfices par les investisseurs étrangers en Hongrie qui dirigent bon nombre d'entreprises implantées en Hongrie. Le déficit budgétaire en 1998 a atteint 4.6% du PNB.

Le FORINT (convertible depuis 1996) a souffert de la crise russe. La bourse de Budapest est considérée comme une des mieux équipées et dirigées. Elle fonctionne sur base d'un système automatisé de négociation de valeurs sur écran, le "MULTI MARKET TRADING SYSTEM" qui devrait lui permettre de contenir la délocalisation des affaires vers les bourses occidentales. Le ministre des Finances, Zsigmond JARAI, était le président et le dirigeant de la toute première heure de la Bourse de Budapest. Il sera l'hôte d'honneur à Budapest les 22-23 avril 1999 de l'assemblée générale de l'Association Européenne des Services d'Investissement (EURISA).

Les titres de la bourse de Budapest ont perdu de leur valeur en 1998, l'indice BUX qui était de 8000 fin 1997 était tombé à 6300 à la fin de l'année 1998.
Cette chute a été occasionnée par les crises asiatiques, brésilienne et russe et par le déficit de la balance des comptes courants.

L'inflation a été calculée à +-10% en 1998. Le taux de chômage est d'environ 10% (bien qu'on doive toujours faire attention quand il s'agit de statistiques du chômage car celles-ci ne sont pas faciles à comparer d'un pays à l'autre).

La Hongrie est très proche de l'Autriche, a une culture de renommée mondiale, une capitale qui attire les touristes du monde entier et surtout le mérite d'avoir lutté avec un courage admirable lors de la révolution de 1956 pour une liberté qu'elle a enfin recouvrée après avoir elle-même détruit le mur de Berlin par l'arrière en permettant aux Allemands de l'Est de traverser son territoire pour se rendre en Autriche, rendant ainsi le mur de Berlin inutile.

L'économie hongroise doit encore réduire son taux d'inflation et moderniser son industrie. Elle devra continuer à attirer les capitaux étrangers et développer son commerce international dans l'intérêt de son bien-être et de la stabilité de sa monnaie.

La Hongrie fait déjà virtuellement partie de l'Union Européenne de par l'orientation de son développement économique. Son apport à l'UE ne sera pas uniquement économique mais également culturel.


LA LETTONIE

Lorsqu'on assiste à des réunions de décideurs de l'économie en Lettonie, on est frappé par le jeune âge de la plupart des participants. C'est en effet une nouvelle génération d'hommes d'affaires qui dirige l'économie vers l'intégration européenne.

La Bourse de Riga n'échappe pas à la règle et est dirigée par une jeune équipe qui maîtrise à la perfection les systèmes informatiques qui on été développés suite à leur acquisition à l'Ouest. A la Bourse de Riga, 69 sociétés sont cotées (c-à-d 11 officiellement, 31 au second marché et 27 au marché libre).

C'est ici qu'on ressent très bien que l'élargissement de l'UE va de pair avec l'occupation du terrain financier par l'euro.

L'élargissement requiert une adaptation des lois aux directives et l'euro une harmonisation de l'économie politique avec les principes de l'Union Monétaire.

En matière de critères de Maastricht, la Lettonie peut s'enorgueillir de respecter les critères du budget (en fait le budget annuel est actuellement en équilibre !), de la dette publique (12% du PNB et en baisse!), et de l'inflation (2.9% l'année dernière).

Les Lettons ne comprennent pas très bien la Commission Européenne qui ne souhaite pas que l'adhésion à l'UE se fasse simultanément avec une participation à l'Union Monétaire.

54% du commerce extérieur se passe avec l'UE (mais de cela un tiers a lieu avec 3 pays de l'UE qui sont en dehors de la zone euro: le Royaume-Uni, la Suède et le Danemark). La Banque de Lettonie s'est toujours opposée aux entraves à la libre circulation des capitaux. La monnaie est convertible, complètement !

Par tête d'habitant, selon la BERD, la Lettonie attire le plus d'investissements directs étrangers dans la région baltique.


LA LITUANIE

Chacun des pays baltes a son propre cachet. Quand Staline avait décidé de fermer la presque totalité des églises, c'est un ministre communiste (actuellement Président de banque et membre du conseil d'administration de la Bourse de Lituanie) qui a organisé le sauvetage du mobilier de la cathédrale en transférant (en une nuit) les objets de la cathédrale dans les maisons de la population de Vilnius (sachant quel sort serait réservé à ce mobilier lors de la fermeture) et c'est le même ministre qui a organisé le rapatriement de ce mobilier (tableaux, ciboires, etc…). L'Archevêque m'a confirmé cette anecdote, ainsi que le fait que tous les objets ont été récupérés.

La Lituanie a assez bien résisté à la crise russe. L'UE compte pour 36% des exportations et pour 44% des importations de la Lituanie.

Bien que répondre aux critères de Maastricht ne soit pas une condition d'adhésion à l'UE, ceux-ci guident la politique économique de la Lituanie.

La monnaie (litas) est liée au dollar et à l'euro en fonction des proportions du commerce extérieur (en dollars avec l'Est et en euros avec l'UE). Il va sans dire que l'importance de l'euro est en constante croissance. L'inflation était de 2.4% l'année passée.

La Lituanie, et cela fait partie de la politique de sa banque centrale, dispose de réserves nécessaires en devises étrangères pour pouvoir soutenir le cours de sa monnaie. Le PNB est en croissance constante (6 à 7%).

La privatisation est en pleine accélération depuis l'adoption de la loi (fin 1997) qui a mis en place le "Fonds des Actifs d'Etat" qui représente l'Etat lors de la vente des entreprises au secteur privé et qui est chargé de la vente des biens de l'Etat. Le Fonds lui-même peut maintenir des participations, rechercher à réaliser des bénéfices sur les avoirs et est géré comme une entreprise privée elle-même, donnant à ses employés des participations aux bénéfices réalisés. Ceci donne une idée du renouveau en Lituanie.


LA POLOGNE

La Pologne a fait preuve de solidarité avec le monde libre pendant la seconde guerre mondiale mais n'a pas été suffisamment soutenue lors de ses tentatives de soulèvement contre le nazisme et le communisme.

Nous devons beaucoup au courage de son peuple dont les valeurs morales et culturelles sont admirables. Par sa superficie et le nombre de ses habitants (38.6 millions), la Pologne est le plus important des pays candidats à l'adhésion. Sa situation géographique est d'une importance stratégique pour l'Union Européenne élargie car la Pologne partage ses frontières avec la mer Baltique, l'Allemagne, la République Tchèque, la Slovaquie, la Lituanie, la Russie (Kaliningrad), la Biélorussie et l'Ukraine).

Le niveau de vie y est moins élevé qu'en République Tchèque par exemple. Le taux de chômage fin mai 1998 était de 9.8%, ce qui est moins que la moyenne dans l'UE. L'inflation en 1998 était de 8.6%, une chute favorable vis-à-vis de la période précédente due à la politique monétaire restrictive du gouvernement. Le taux de croissance du PIB était de 6.9% en 1997 et de 5.8% en 1998. L'Union Européenne est le principal partenaire commercial de la Pologne.

La bourse de Varsovie a été rouverte le 12 avril 1991 après 52 années d'interdiction. Elle fut la première bourse de l'Europe Centrale et Orientale (PECO) à devenir membre à part entière de la FIBV, la Fédération Internationale des Bourses de Valeurs.

Le marché des capitaux polonais a été caractérisé par une certaine volatilité, causée au début peut-être par un lancement à des prix trop prudents (trop bas donc) qui ont donné lieu à d'éclatants succès dont les premiers investisseurs ont temporairement ou définitivement joui. Ces succès ont trop stimulé le public qui s'est fait les illusions sur les chances de gagner gros en risquant peu.

En 1999, la bourse de Varsovie compte à son premier marché 198 sociétés. Elle est dirigée par une équipe de haut niveau qui fait l'objet de l'admiration de beaucoup d'autres bourses européennes. Elle a introduit en 1998 un nouveau système de négociation tel que celui qui est utilisé à Paris, Bruxelles, Toronto, Chicago, Sao Paulo et Lisbonne.

Comme il y a une pénurie de moyens financiers disponibles, les fonds étrangers sont indispensables au développement de l'économie polonaise. L'étranger représente 35% de la capitalisation boursière. Les investisseurs étrangers sont surtout américains et allemands. Les banques sont en pleine restructuration mais les Polonais ne font pas encore beaucoup usage de leurs services et les moyens électroniques n'ont pas encore atteint leur importance normale si on les compare à ceux dont les banques sont équipées à l'étranger.

Malgré l'alternance des couleurs politiques au gouvernement, la Pologne n'a pas arrêté sa marche vers l'économie de marché.


LA SLOVAQUIE

Bratislava fut le lieu où des rois hongrois furent couronnés. Dans toute la région mais surtout en Slovaquie, on retrouve des traces profondes de l'empire austro-hongrois, de la grandeur culturelle et architecturale de l'Europe Centrale. C'est ainsi que la minorité hongroise en Slovaquie contribue à ce caractère régional et multiculturel du Centre de l'Europe qu'on perçoit à Bratislava où l'actuel gouvernement s'est heureusement distancé de la politique antérieure de discrimination vis-à-vis des citoyens d'origine hongroise.

On avait prédit la catastrophe pour la Slovaquie indépendante et heureusement cela n'a pas été le cas. L'économie slovaque est mieux orientée et sa bourse est bien gérée. Les principaux acteurs n'ont ménagé aucun effort pour réaliser la restructuration de l'économie malgré le climat politique qui fut parfois difficile.

Le volume des transactions en bourse a augmenté substantiellement. Le nombre de titres cotés est de: 14 au premier marché, 45 au second marché et 859 au marché libre. Le taux de chômage est de 14%.

Le processus de privatisation a été récemment arrêté par le nouveau gouvernement qui veut modifier et améliorer les procédures actuelles. La privatisation pourrait reprendre bientôt après une adaptation des voies et moyens afin de réaliser un marché de capitaux transparent et de pouvoir garantir l'intégrité de l'économie de marché.

La Slovaquie doit transformer son industrie. Celle-ci était trop axée sur la production d'armes de guerre par exemple. La Slovaquie est à la recherche de nouveaux partenaires commerciaux.

Elle a des liens étroits avec l'Autriche. C'est ainsi qu'on dit souvent que l'aéroport international de Bratislava est situé à Vienne.


LA SLOVENIE

La Slovénie est un splendide pays, qui ne compte que 2 millions d'habitants dont le niveau de formation est élevé.

L'économie de la Slovénie est bien orientée. Le marché slovène des capitaux a déjà digéré les crises asiatiques et russes.

Les investisseurs étrangers sont de nature stable grâce à quoi il n'y a pas eu de fuite brusque de capitaux fébriles (hot money) lors de la réduction du niveau de valeur des actions. En d'autres termes, les fluctuations du marché ont été acceptées dans un excellent esprit d'économie de marché qui admet les fluctuations des cours. L'investisseur, en maintenant sa confiance en son économie, a rassuré son collègue étranger. L'inflation est de 6.1 % (de février 1998 à février 1999).

La Slovénie est très proche de l'Italie et de l'Autriche et, partant, de l'UE. Le niveau de vie y est élevé, l'esprit ouvert. Elle craint parfois d'être désavantagée par une Croatie qui a développé une économie importante et une armée puissante, ce qui embarrasse en matière de litiges frontaliers, en particulier en ce qui concerne les eaux territoriales aux alentours de Capodistria (KOPER).

Le niveau de vie élevé est visible et s'extériorise par la qualité et l'importance des habitations et par l'état impeccable de l'infrastructure touristique.

La langue italienne est enseignée (obligatoirement) en Istrie, région proche de Trieste où sous l'ancien régime déjà, les Slovènes venaient s'approvisionner en produits de luxe ou de mode. La Slovénie sera probablement le pays le plus facile à intégrer pour les raisons quantitatives (ce qui importe en matière de budget de l'UE) et qualitatives que nous venons de citer.

L'investissement étranger n'est encouragé que dans la mesure où il s'inscrit dans une logique à long terme et qu'il ne met pas en péril le marché monétaire.

Le gouvernement souhaite soutenir sa monnaie. Il est cependant plutôt restrictif quant à l'investissement étranger (en lequel le gouvernement voit une cause potentielle d'instabilité) tout en acceptant les investisseurs directs étrangers en lesquels le gouvernement voit des interlocuteurs plus stables qui ne mettraient pas aisément le marché monétaire en péril. Le déficit budgétaire est très limité (+- 1%). Environ 50% de l'économie est encore étatique.


LA REPUBLIQUE TCHEQUE

Le cas de la République Tchèque est particulier. Quand en 1990 les représentants des bourses d'Europe Occidentale, sous la direction du Dott. Ettore Fumagalli de la Bourse de Milan leur ont rendu visite, ils ont été accueillis par Jozef Tosovski, gouverneur de la Banque d'Etat (actuellement appelée Banque Nationale) et par un éminent économiste (et conseiller du gouverneur), Vladimir Jindra. Jindra avait été choisi par Tosovski pour son haut niveau intellectuel et moral. Il n'avait jamais accepté d'adhérer au parti communiste. Il est resté conseiller du Président Tosovski jusqu'en 1998 lorsqu'il a pris sa retraite.

La bourse de Prague est essentiellement dirigée par les banques qui sont les principaux intermédiaires financiers. Elle est en concurrence avec le système de négociation électronique (RM SYSTEM) qui jouissait des faveurs du gouvernement lors du lancement des coupons (vouchers) de la privatisation de masse.

La fragmentation du marché Bourse-RM a donné lieu à une certaine confusion au niveau des cotations.

Actuellement la bourse de Prague ne compte à son premier marché qu'une soixantaine d'actions après que la plupart des valeurs mobilières ont été transférées au marché libre.

Comme tout le monde le sait, le logiciel pour créer un système de négociation de titres coûtait cher il y a une dizaine d'années, mais est tellement peu cher aujourd'hui que de nouvelles initiatives peuvent voir le jour à tout moment et c'est d'ailleurs le cas en Tchéquie où un émigrant tchèque vient de tenter d'introduire son système pour former une troisième bourse. Là aussi la politique s'en est mêlée et l'émigrant a pu compter sur des appuis en haut lieu.

Le marché des valeurs mobilières n'est pas encore suffisamment développé pour justifier l'introduction d'un marché de dérivés.

La bourse de Prague a joué un rôle utile pendant que les politiciens lui refusaient le cadre légal dont une bourse avait besoin pour protéger les intérêts des investisseurs nationaux et étrangers.

En ce moment, la bourse souffre de la faiblesse des banques qui en sont les propriétaires. On s'attend à ce que la plupart des 50 banques disparaissent à la suite de fusion ou d'absorption par les banques internationales (KBC, ING, ABN-AMRO, UBS …sont à l'affût).
La situation s'améliore cependant suite à la mise en place d'une Commission de valeurs mobilières qui, depuis longtemps était réclamée par la bourse de Prague. Cette commission a un rôle de formation, de prévention et de sanctionnement à jouer et devra rassurer le monde des affaires. Les premières amendes imposées à quelques intermédiaires ont surpris les intéressés surtout parce qu'elles étaient tellement élevées (donc impossible à régler!) et qu'elles n'avaient pas été précédées d'un processus de prévention et d'information

Du point de vue de la présentation des résultats des entreprises, de grands progrès ont été enregistrés ; ce qui revient à dire que les normes comptables IASC (International Accounting Standards Committee) sont respectées.

La République Tchèque est un pays d'avenir où les initiatives internationales sont suivies de succès locaux, tels les exploits des sociétés créées autour du pôle de développement Skoda. C'est la plus forte économie d'Europe Centrale tout en étant la moins bien orientée (le PNB a baissé de 2% en 1998) actuellement du groupe de la première vague.

Les atouts de la République Tchèque sont la qualité de la formation, l'esprit industriel, l'attrait touristique et le rôle commercial est-ouest que la Tchéquie joue à merveille. Autour de BRNO, un centre commercial international se développe.

La Tchéquie est un pays attrayant pour les joint ventures grâce auxquelles les entreprises de l'UE peuvent profiter de la compétence et de la motivation des travailleurs et d'un marché prometteur.

La République Tchèque est un marché d'avenir à moyen terme, c'est une économie solide qui devra cependant mieux se positionner. La couronne tchèque est à son niveau actuel raisonnablement solide.

L'inflation en janvier 99 était de 3.5%. Le déficit budgétaire est de 1.6% du PIB (2.3% quand on y inclut toutes les institutions publiques). Le chômage est de 7.5% de la population active. Un tiers des grandes entreprises est déficitaire.

Plusieurs banques seront prochainement privatisées et probablement acquises par des groupes étrangers.

La bourse de Prague coopère volontiers avec les bourses de la région (Budapest, Varsovie, Bratislava et Vienne) mais craint qu'un rapprochement avec Vienne puisse mener à l'absorption par la bourse de Frankfurt dont l'appétit vis-à-vis des principales valeurs de l'Europe Centrale effraye.


CONCLUSION

Les bourses de l'Europe Centrale tiennent à leur spécificité ; toutefois elles ne veulent pas rompre avec les bourses de l'Union Européenne. Elles se méfient cependant des avances faites par la bourse de Vienne qui leur propose un "East-European Exchange". En effet, en ce projet, la bourse de Vienne joue le rôle de courroie de transmission pour la bourse de Frankfurt dont les vues expansionnistes inquiètent bon nombre d'opérateurs de l'Europe Centrale.

Les bourses de l'Europe de l'Est souhaitent elles-mêmes décider de leur sort et ne veulent pas se laisser imposer les systèmes que des interlocuteurs étrangers affirment adéquats pour répondre aux besoins de leurs bourses de valeurs mobilières.

En élargissant l'Union Européenne, l'Europe gagnera en équilibre économique et en importance sur l'échelle mondiale.

Espérons que la vague d'adhésion puisse également comprendre les autres pays baltes (Lettonie et Lituanie) et la Slovaquie, et les autres pays qui font l'effort d'adaptation économique, sociale et monétaire pour donner à l'Europe de nouveaux atouts et opportunités pour réussir sur le plan de la compétitivité mondiale.

Entre-temps, l'indice CESI qui comprend les principales sociétés des PECO indique qu'une partie des capitaux ont en 1998 fui la région.

Un nouvel élan est nécessaire pour garantir la continuité du développement économique de l'Europe Centrale qui ne peut se réaliser sans la confiance des investisseurs nationaux et étrangers.

Cette confiance dépendra de la réussite du renouveau, de la transparence des marchés des capitaux d'Europe Centrale et de la stabilité monétaire des pays concernés qui, déjà, font le nécessaire pour répondre aux critères de l'Union Monétaire Européenne; ce qui devrait faciliter l'expansion et de ce fait accroître l'importance de la zone euro.


19-03-1999


1 European Investment Services Association (EURISA): E-mail: jppaelinck@skypro.be


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