Editorial
 
 
L'euro et la Communauté financière européenne
 

Après avoir présenté les points de vue du milieu bancaire puis du secteur des entreprises, nous poursuivons l'examen de l'impact et des perspectives de l'euro en consacrant le présent numéro aux vues d'opérateurs agissant sur les marchés financiers européens.

Le mouvement vers la globalisation et l'intégration amorcé depuis quelques années déjà sur les marchés financiers pourrait bien aller jusqu'à la mise en place de "marchés virtuels". Dans ce contexte, l'euro n'apportera pas de bouleversements supplémentaires dans la plupart des cas. Il devrait jouer plutôt le rôle d'un catalyseur contribuant à la constitution d'un puissant marché financier européen. Obtenir un tel résultat demande de sérieux efforts de coopération de la part d'un bon nombre des 32 bourses de valeurs et des 23 bourses de produits dérivés coexistant actuellement au sein de la Communauté européenne.

Des conditions sont requises toutefois pour que ce marché devienne important, liquide et efficient il faut que son unicité ne soit pas entravée par des barrières administratives propres à chaque Etat membre. Parce que les pouvoirs publics comme les marchés eux mêmes ont compris l'importance de cette question un groupe consultatif a été constitué sous l'égide de la Commission Européenne. Présidé par M. Alberto Giovannini ce groupe s'est attaché à identifier les problèmes techniques soulevés par l'introduction de l'euro et à y apporter des solutions. Le rapport rendu public fin juillet propose la mise en oeuvre de règles communes s'appliquant aux marchés de capitaux de tous les pays participant à la zone euro.

L'observation de ces marchés amène à constater que l'impact de l'euro sera très différent d'un secteur à l'autre.

Les marchés des changes pourraient perdre jusqu'à la moitié de leur activité avec la disparition du change entre les monnaies remplacées par l'euro. Toutefois il est évident qu'une certaine compensation sera réalisée au moyen de l'euro en faveur des opérateurs, agissant à l'international car l'attrait du marché en euro sur la scène mondiale sera bien supérieur à celui de chacune des monnaies qu'il remplace.

Les marchés à taux fixe se sont déjà préparés à appliquer l'euro immédiatement. La dette publique des différents Etats membres sera émise en euro dès le 4 janvier 1999 et leurs emprunts libellés en monnaies nationales seront, pour la plupart, redénominés en euro. Le marché des euroobligations a déjà enregistré le lancement par d'importantes sociétés ou même par des Etats souverains d'émissions dans des monnaies communautaires bien ciblées afin de pouvoir être redénominées en euro, par la suite, sans difficultés. Un accord est intervenu, fin juillet, pour la mise en place d'un indice Euro à 3 mois, l'EURIBOR, qui remplacera les B.OR. en monnaies nationales. Les opérateurs financiers, en particulier les gestionnaires d'avoirs, ont besoin de telles références pour évaluer les monnaies dans lesquelles ils traitent.

Des alliances se nouent entre des marchés de produits dérivés allant dans certains cas au delà de la zone euro jusqu'à des pays "out out" tandis que sont préparés des produits qui seront lancés conjointement dès que sera connue la liste des pays participant à l'euro. Ces préparatifs montrent à l'évidence que c'est dans ce secteur que l'euro va entraîner, dès janvier 1999 et peut-être même avant, la concurrence la plus rude.

Le marché des actions, protégé dans chaque pays par un réseau financier national et une préférence pour les opérations domestiques, sera le moins touché dans l'immédiat, mais là aussi existe une tendance à long terme vers un marché domestique européen. La demande d'importants groupes industriels ou financiers, maintenant cotés en différentes monnaies dans de nombreux pays, se fera pressante pour n'avoir qu'un seul interlocuteur dans un marché désormais unifié afin de réduire leurs frais et de rationaliser leurs opérations. Cette pression ne peut qu'inciter des intermédiaires financiers à élargir leur activité au delà de leurs frontières nationales en cherchant à profiter des nouvelles opportunités qui s'offriront dans les états voisins.

 

Le comité de rédaction
1 Voir le texte du rapport Giovanini à <http://www.ecu-activities/password/document/giovani.htm>
 
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