Le Groupe PSA Peugeot Citroën et le projet euro

P Bouton*


 

C'est durant l'été 1996, lorsqu'il lui a semblé que la probabilité du lancement de la monnaie unique en 1999 était supérieure à 50% que la Direction Générale du Groupe PSA Peugeot Citroen a décidé de mettre en place une structure pour identifier ses conséquences de toute nature pour ses filiales et ses partenaires.

 

 Un groupe de travail à trois étages :

 Cette structure comporte trois niveaux :

 

Un périmètre étendu :

 La première question que le groupe de travail s'est posé a concerné le périmètre de ses travaux, à la fois en termes d'entités juridiques et de systèmes d'information.

 En matière d'entités juridiques, tout d'abord, dans la mesure où les constructeurs automobiles ont recours à une distribution exclusive et sélective d'une part et où, d'autre part, leurs systèmes d'information sont très fortement imbriqués avec ceux de leurs concessionnaires (environ 4.400 dans la zone EURO), il est très rapidement apparu qu'il devait traiter non seulement les problèmes du Groupe PSA stricto sensu mais aussi ceux de ses distributeurs indépendants.

 En matière de systèmes d'information, ensuite, il s'est aperçu qu'il devait examiner l'impact de l'euro, non seulement sur les logiciels développés et maintenus en central et en filiales mais aussi sur les applications réalisées par les utilisateurs sur gros système et PC (qu'il a fallu recenser et qualifier pour l'occasion) et sur les progiciels dans la mesure où leurs éditeurs attendaient de leurs utilisateurs une expression de besoin avant d'agir.

 

Trois grandes phases:

 

 La deuxième question que le groupe de travail a dû résoudre concerne le calendrier de ses travaux. Trois grandes étapes ont été retenues :

 

 Les points clés examinés

 Une fois ce cadre mis en place, et après avoir déterminé ses critères de choix (minimiser risques et coûts et s'adapter au comportement probable des tiers externes), le groupe de travail a examiné les différents problèmes soulevés par la création de la monnaie unique. Il lui est apparu qu'ils avaient trois origines principales : institutionnelle, interne et liée aux comportements probables des tiers externes, qu'il s'agisse des clients, des fournisseurs ou des banquiers.

 

Les problèmes d'origine institutionnelle

 

Les macro scénarii catastrophes

 Afin de chercher à minimiser les risques, il convenait au préalable de les identifier. Pour ce faire, le groupe de travail a imaginé une série de macro-scénarii institutionnels catastrophes (par exemple : explosion de l'Union monétaire après la période transitoire), analysé leurs conséquences pour le groupe PSA et déterminé les règles à respecter pour les minimiser (par exemple conserver leur caractère multi-devises à tous les logiciels qui le sont aujourd'hui).

 

Les pays IN et OUT

 Il s'est ensuite posé la question du périmètre géographique de la zone EURO au 4/01/1999 en prenant en compte, non seulement le respect plus ou moins probable par chaque pays des critères du traité de Maastricht, les prises de position politiques et le sentiment exprimé, via les spreads, par les marchés de capitaux, mais aussi l'état de préparation technique des différentes places financières et l'importance de tel ou tel marché pour le Groupe PSA.

 

Les aspects réglementaires

 Il a enfin examiné en détail les différentes réglementations en préparation qu'il s'agisse des règlements européens et des modalités pratiques décidées par chaque Etat en vertu du principe de subsidiarité. Pour collecter des informations sur ce dernier point, une organisation spécifique couvrant toute la zone EURO a dû être mise en place. De cet examen, est notamment ressorti que certaines règles étaient incontournables, telle que la décimalisation d'un certain nombre de monnaie alors que d'autres offraient certaines flexibilités permettant d'optimiser le scénario de passage à l'euro.

 

Les problèmes d'origine interne

Sur le plan interne, l'introduction de l'euro concerne essentiellement deux secteurs : les systèmes d'information et le personnel.

Basculement, démarrage et goulets d'étranglement informatiques

 En matière de systèmes d'information, il est apparu qu'il convenait de distinguer basculement, qui signifie changement de monnaie interne de référence et démarrage qui consiste à savoir progressivement gérer des flux en euro, deux phénomènes qui peuvent être traités séparément.

 L'examen du premier phénomène a conduit le groupe de travail à constater qu'un basculement général et simultané du Groupe PSA et de ses concessionnaires n'était pas opérationnellement réalisable et qu'il était préférable de procéder à un basculement par étapes tout au long de la période transitoire et par lots de systèmes homogènes qui dialogueront entre eux grâce à des convertisseurs.

 Ces derniers sont également une des solutions retenue par le groupe de travail pour pouvoir démarrer (par exemple émettre des factures en monnaie nationale ou en EURO au choix des clients) sans modifier en profondeur les systèmes d'information mono-devises, évitant ainsi des coûts de développement onéreux.

 L'examen des problèmes informatiques a enfin fait ressortir un certain nombre de goulets d'étranglement en matière d'études à la fois du coté des informaticiens et des utilisateurs, indépendamment de tout problème de coûts, dans la mesure où le projet EURO vient s'ajouter à des plans de charges par ailleurs déjà lourds et où le nombre de collaborateurs ayant la connaissance requise des métiers et des systèmes est limité.

Personnel : information et formation

 Les problèmes que pose l'introduction de l'euro pour ce qui a trait au personnel du groupe PSA et de ses concessions sont à la fois de nature quantitative et qualitative.

 Sur le plan quantitatif, il s'agit avant tout d'un problème de déploiement puisqu'il va falloir entre aujourd'hui et 2002 "mettre à niveau EURO", grâce à des actions d'information et de formation, de l'ordre de 200.000 personnes parlant 8 langues différentes.

 Sur le plan qualitatif, les difficultés à surmonter sont de plusieurs ordres. Il convient tout d'abord de coordonner ces actions avec celles des pouvoirs publics tout en évitant de mélanger les questions d'ordre technique et les problèmes que chacun se pose en tant que citoyen. Il faut ensuite déterminer le juste nécessaire pour chaque collaborateur en fonction de l'intensité de ses relations avec le grand public et de l'importance des modifications que l'EURO va entraîner pour lui à titre professionnel.

 

Problèmes liés aux comportements probables des tiers

 

Parmi les différentes questions à examiner, celles liées aux comportements probables des tiers sont naturellement les plus délicates dans la mesure où il n'est possible que de faire des conjectures et où les moyens d'influer sur ceux-ci sont limités.

 Sans grande surprise, le groupe de travail est ainsi arrivé à la conclusion qu'a priori, seuls certains segments particuliers de clients (les frontaliers par exemple) devraient être demandeurs d'opérations en EURO dès le début de la période transitoire, mais que ce pronostic pourrait se trouver démenti dans les faits pour de multiples raisons (par exemple l'effet d'entraînement lié au basculement à l'euro des marchés de capitaux dès le 4/01/1999). En conséquence, il convenait que le groupe PSA soit prêt à faire face à toutes éventualités.

 En matière de disparité des prix hors taxes entre pays, ensuite, il est apparu que l'introduction de l'euro ne produirait probablement qu'une légère accélération d'une convergence déjà largement entamée depuis plusieurs années. C'est l'une des multiples raisons pour lesquelles le groupe PSA mène une politique volontariste de forte amélioration de sa productivité. En conséquence, il convenait de poursuivre ces efforts, ce qui était d'ores et déjà planifié indépendamment de l'euro.

 Du coté des fournisseurs, la difficulté principale à surmonter concerne les 18.000 petits fournisseurs du groupe PSA. En effet, dans le cadre de sa politique de partenariat, celui-ci ne pouvait qu'exclure l'idée de les contraindre à basculer à l'euro à la date de son choix. Ceci dit, en sens inverse, un basculement général de ceux-ci à la fin de la période transitoire n'était pas opérationnellement gérable par les Directions des Achats et Comptables. C'est pourquoi, il a été décidé de mener une politique de dialogue et d'assistance avec ceux-ci de sorte de parvenir, au cas par cas, au meilleur compromis possible pour toutes les parties.

 Pour finir, l'examen des conséquences de l'introduction de l'euro sur les marchés de capitaux a conduit le groupe de travail a considérer qu'il serait souhaitable que le Groupe PSA bascule sa trésorerie centrale en euro dans les premiers jours de 1999, qu'il publie, au cours du premier semestre 1999, ses comptes concernant l'exercice 1998 en EURO compte tenu de l'importance dans son actionnariat flottant d'investisseurs institutionnels internationaux et qu'il adapte son organisation financière en prenant en compte les obstacles fiscaux et techniques subsistants.

 

 CONCLUSION - les coûts et les bénéfices

 Un mot pour conclure sur les coûts / bénéfices du passage à l'euro.

 Il convient en premier lieu de souligner que les coûts posent un problème de périmètre. En effet, en examinant chaque application informatique individuellement, il arrive fréquemment d'arriver à la conclusion qu'il est préférable de la rénover totalement, la combinaison des modifications liées au passage à l'euro et l'an 2000 s'avérant plus onéreuse qu'une rénovation complète. Dans cette hypothèse, quel chiffre retenir ?

 Ces coûts dépendent en second lieu de la plus ou moins grande proximité avec le grand public. Le chiffrage pour le groupe PSA confirme le résultat des travaux menés au niveau pan-européen : ce sont, et de loin, les secteurs "Commerce détail" et "Banque détail", dans cet ordre, qui sont à l'origine de ceux-ci.

 L'examen de l'aspect "bénéfices", pour sa part, conduit à une conclusion à première vue paradoxale. Bien que plus élevés que les coûts dans l'absolu, ils devraient être à l'avenir faibles pour le groupe PSA parce qu'ils sont, pour l'essentiel, déjà acquis : les constructeurs automobiles ont en effet depuis de très nombreuses années des activités très développées dans toute l'Europe. L'euro de ce point de vue n'entraînera donc pas de grands changements. Les taux d'intérêt ont ensuite d'ores et déjà connu une forte décrue par "anticipation". Enfin, si l'Espagne et l'Italie appartiennent bien au premier cercle (ce qui n'est pas certain), les distorsions de la concurrence dues à des dévaluations compétitives seraient derrière nous.

 Au total, le principal "bénéfice" à venir résiderait dans les rationalisations, notamment en matière d'organisation, que l'introduction de la monnaie unique va faciliter.

 

 12-05-1997


 

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