La préparation de la Confindustria à l’introduction de l’euro.

Paolo Nicoletti*


Depuis plus d’un an déjà la Confindustria travaille sur les questions liées à l’introduction de la monnaie unique. A cet effet elle a constitué au sein même de son organisation quatre groupes d’étude (groupe trésorerie et finance, groupe fisc et comptabilité, groupe aspects légaux, groupe aspects informatiques) destinés à identifier les éventuels obstacles que les entreprises pourront rencontrer du fait de l’introduction de l’euro.

 Parallèlement aux réflexions internes la Confindustria a un rôle fondamental à jouer dans les rapports avec le gouvernement italien, en participant notamment aux travaux du Comité d’orientation stratégique (Comité EURO) constitué au sein du Ministère du Trésor et du Ministère du Budget , où elle préside le sous-comité spécial "Entreprises" chargé de l’analyse de l’impact de l’euro sur les entreprises.

 A cette double fonction d’une part d’étude et d’analyse et d’autre part de représentation et de concertation au sein du gouvernement, s’ajoute la tâche d’information/formation que la Confindustria assure de manière institutionnelle pour le système, d’abord vis à vis des associations industrielles territoriales et sectorielles et dès lors vis à vis des entreprises. Cet effort de communication s’inscrit dans une campagne d’information sur l’euro de la Confindustria , cofinancée par la Commission européenne, à travers laquelle dans un premier temps la CONFINDUSTRIA récoltera de partout le plus grand nombre possible de demandes, doutes et craintes des entreprises à l’aide d’un sondage et de tests sur des groupes d’entreprises, et ensuite, après un traitement correct de toutes les informations, procédera à une première campagne d’information s’adressant dans un premier temps aux fonctionnaires de ses associations , dans le but de constituer sur l’ensemble du territoire italien des points de contact pour les entreprises et par la suite aux entreprises mêmes.

 

 le travail d’étude et de préparation à l’introduction de l'euro

 

De ce triple engagement de la CONFINDUSTRIA le travail d’étude et de préparation à l’introduction de la monnaie unique a permis d’élaborer un scénario mieux défini par rapport au passé et il est évident qu’il reste encore beaucoup à faire non seulement à l’intérieur pour la nécessaire préparation des entreprises, mais aussi vers l’extérieur dans la construction au niveau national des conditions juridiques et administratives qui permettront aux entreprises de bénéficier dès la période transitoire des avantages concurrentiels de la monnaie unique, en garantissant un passage le plus indolore possible à la nouvelle réalité monétaire.

 Les éléments qui suivent ne sont donc pas simplement le résultat d’une série de considérations apparues au cours d’une analyse effectuée au sein des groupes de travail mais le fruit d’évaluations basées sur des expériences menées au niveau local, le résultat du dialogue avec le gouvernement et les institutions communautaires et de l’expérimentation en cours auprès des entreprises.

 En indiquant comme condition initiale la certitude que les discussions en cours sur le respect des critères de Maastricht ou sur le renvoi éventuel du début de l’Union économique et monétaire n’entameront pas la volonté politique des pays de l’Union de respecter l’engagement pris, il reste comme hypothèse de base que l’euro commencera à circuler au plus tard le 1er janvier 2002, obligeant toutes les entreprises aux adaptations nécessaires.

 

Pour les entreprises le choix d’adopter l’euro à partir du 1er janvier 1999 dépendra de leur propension à l’internationalisation aussi bien en termes de marchés d’approvisionnement que de marchés de vente. La solution d’adopter l’euro selon la règle "no compulsion no obligation", comme monnaie scripturale dès janvier 1999 ne laisse en fait la possibilité qu’à deux solutions : soit l’adoption immédiate de l’euro, soit le renvoi de l’introduction de l’euro au 1er janvier 2001, le choix intermédiaire de la double comptabilité en lires et en euro compliquant inutilement la vie de l’entreprise. Dans les deux autres solutions la raison du choix consisterait dans l’ouverture de l’entreprise à la future zone de l’euro : dans l’affirmative il convient vraiment de profiter d’emblée des avantages que l'euro accorde dans les rapports commerciaux et financiers entre sociétés opérant dans des pays différents, phénomène encore plus évident dans les groupes, ce qui permet aussi à l’entreprise de jouir pleinement de la période transitoire comme période de réelle préparation à l'euro.

 Il est clair que, du moins dans une première phase il sera moins coûteux d’introduire l’euro à la fin de la période de transition, ce que l’on peut conseiller aux sociétés industrielles opérant surtout sur le marché national et qui si elles ne sont pas attentives aux modifications en cours et ne sont pas en mesure de prévoir les adaptations nécessaires, risquent d’être pénalisées en voulant rattraper le temps perdu au dernier moment.

 Le risque majeur pour les petites et moyennes entreprises consiste précisément en cela : à ne pas réussir à saisir tout de suite les dimensions de ce changement en termes non seulement de traduction des fonctions d’entreprise qui s’y rapportent mais aussi en termes de stratégie d’entreprise. Un test réalisé dans le nord-est de l’Italie, région de grande concentration de petites et moyennes industries, donne un signal alarmant dans le sens exactement opposé à ce qui est suggéré plus haut : c’est-à-dire à la décision de ne pas passer immédiatement à l’euro mais d’attendre l’obligation de devoir le faire, auquel ne correspond pas l’intention de définir une stratégie d’entreprise de rapprochement vers l’euro, en ne considérant pas prioritaire la nécessité d’insérer dans l’organigramme de l’entreprise un Mister EURO ou de sélectionner dans le secteur administratif de l’entreprise un profil de superviseur qui serait au moins attentif aux changements extérieurs.

 Toutefois, malgré certains signaux peu rassurants, on s’aperçoit que , dès la fin des premiers sondages, même sur des petits échantillons d’entreprises, s’installe chez les chefs d’entreprises la curiosité et une attention différent vis à vis des thèmes de l’euro. Dans l’esprit d’éclaircir un peu les points d’ombre et de faire émerger en même temps certaines réflexions de la part des chefs d’entreprise, les groupes d’étude de la Confindustria ont mis en évidence au cours de leurs travaux certains éléments à retenir en fonction du département de l’entreprise.

  

LES RESULTATS DES TRAVAUX DES GROUPES D'ETUDE

 

* trésorerie et finance

La création d’un marché unique monétaire et financier, libéré des taux de change et caractérisé par un taux d’intérêt uniforme, impliquera des modifications importantes dans la gestion de la trésorerie des entreprises.

 Le risque de change (limité aux autres monnaies extérieures à la zone EURO) disparaîtra, il y aura une importante économie sur les commissions monétaires grâce à la réduction des transactions en monnaies étrangères, il y aura moins de frais pour les paiements transfrontaliers, les opérations de caisse seront sans aucun doute simplifiées. Les avantages seront encore plus évidents sur les marchés des capitaux qui connaîtront certainement une forte expansion surtout au bénéfice des petites et moyennes entreprises : le coût de l’argent devrait s’aligner sur le coût prédominant sur le marché le plus efficient et les possibilités d’investissement augmenteront en fonction de la compétitivité accrue des banques et de la gamme d’instruments financiers disponibles. Dans ce secteur on rencontre un intérêt majeur de la part des entreprises, surtout petites et moyennes, qui dans le besoin constant d’un accès plus facile au crédit, attendent favorablement l’apparition d’une concurrence internationale entre les banques.

 

* fisc et comptabilité

Tout changement comporte en effet des frais pour les entreprises, comme le mettent en évidence les indications qui suivent sur les aspects informatiques et le secteur comptable s’y intéressera sûrement. En plus des coûts habituels pour le changement de software de gestion comptable, l’introduction de l’euro peut représenter une occasion d’apporter aussi des modifications aux mécanismes de contrôle de la gestion.

 Sur le plan plus spécifique des principes comptables à utiliser il y a en, revanche, des préoccupations en ce qui concerne la traduction en euro des valeurs historiques des activités de bilan, surtout pour un pays comme l’Italie qui dans le passé a eu un taux élevé d’inflation par rapport aux plus grands pays européens. Il existe dès lors un problème de sous-estimation des actifs inscrits au bilan, qui nécessiterait un réalignement monétaire avant de procéder à la conversion des valeurs de bilan en euro. De la réévaluation du bilan on passe ensuite à la préoccupation de la Confindustria ces derniers mois de contrôler que les plus values ou moins values dérivant de la conversion en euro des valeurs de bilan, ne subisse la charge fiscal normalement en vigueur. La neutralité fiscale des conversions des bilans en euro est devenue une position fortement défendue par la Confindustria et que le gouvernement italien a introduit dans le projet de loi déjà approuvé par le Conseil des Ministres. Dans ce projet de loi qui demande au gouvernement de publier dans un délai de 6 mois les décrets législatifs nécessaires pour réaliser pleinement les dispositions communautaires sur le passage à la monnaie unique européenne, on affirme à l’article 9 que les normes déléguées doivent être introduite pour ce qui concerne le relevé des bilans des entreprises des opérations influencées par l’introduction de l’euro, dans le respect du principe de la neutralité du passage de la lire à l’euro et des effets qui en résultent.

 

* systèmes d’information

L’adaptation des systèmes d’information constitue sans aucun doute, au même titre que la formation du personnel le coût le plus important du passage à la monnaie unique. Les possibilités qui seront accordées aux entreprises seront d’acquérir des paquets software qui soient certifiés pour l’an 2000 et pour l’euro, ou de procéder à des applications développées au sein même de la société. Sur les frais qui incomberont aux entreprises pour cette nécessaire adaptation, les estimations à ce stade sont un peu approximatives : on peut toutefois prévoir que pour une entreprise moyenne ayant un seul siège d’exploitation, la phase d’analyse des programmes d’application et la mise en application devrait s’opérer dans un délai d’environ 9 mois. Il y aura aussi un effort important à faire par les entreprises et les structures associatives qui les assistent pour sélectionner sur le marché les professionnels susceptibles d’accompagner les entreprises dans ce changement important et coûteux.

 

* Aspects légaux

Sur les aspects légaux la continuité des contrats garantit suffisamment les entreprises avec une seule exception pour les contrats conclus avec les pays non adhérant à l’UEM et les pays tiers qui pourraient revendiquer le droit aux prestations dans la monnaie initialement indiquée dans le contrat. A ce propos il faut accorder une importance particulière aux contrats en cours de définition et qui se termineront après 2001 et sur lesquels les entreprises ont besoin d’une assistance adéquate.

 

 CONCLUSION

 

Dans les contacts avec les entreprises développés localement ou par l’intermédiaire de la participation des entreprises aux groupes de travail, il est également apparu, outre la différence évidente entre les grands groupes industriels déjà très impliqués dans l’analyse des effets de l’introduction de l’euro, et les petites et moyennes entreprises généralement mal informées, une préoccupation commune concernant le niveau de préparation des administrations publiques aux dates de l’UEM qui se prépare, et dans une moindre mesure des banques. Il y a donc des attentes importantes que le système industriel adresse à la Confindustria en tant qu’interlocuteur du gouvernement, non seulement dans la définition du projet de loi délégué, mais aussi dans la réalisation de ce que le jargon euro désigne déjà sous le terme de schéma de place.

 Dans l’absurde, les entreprises ne craignent pas les changements radicaux qu’elles seront appelées à accomplir en comptant parfois trop sur la disponibilité le moment venu, du consultant de service qui pourra résoudre le problème.

 Le problème du moment et de la manière dont devront s’effectuer les nécessaires adaptations de l’entreprise à l’intérieur de celle-ci, est sans aucun doute un des phénomène qui sera le plus influencé par des mécanismes de marché et qui trouvera des réponses sur le marché, mais les enquêtes effectuées jusqu’à présent font apparaître une réelle non-préparation et une sous-évaluation du degré de complexité et des coûts qu’une réaction tardive à l’introduction de l’Euro pourrait comporter. Les coûts actuellement estimés par l’Assolombarda sur un échantillon de 8 entreprises entre 2 et 20 milliards de chiffre d’affaire, se monte à environ 100/150 millions de coût, consacrés en grande partie à la formation du personnel et au changement des systèmes d’information, mais très probablement ces coûts seront supérieurs si la préparation de l’entreprise est reportée aux mois précédents l’introduction de l’euro.

 Au cours de cette phase préparatoire du passage à l’euro, l’action de la Confindustria et de ses associations a justement pour but d’éviter une course tardive et inutile à l’information: la programmation est l’objectif, la méthode consiste à attirer l’attention sur les éventuels problèmes qui pourraient surgir par la suite.

  11-06-1997


 

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