Promotion de l’euro: l’action de la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB)

Frank Laurent*


 

La Fédération des Entreprises de Belgique assure un rôle clef dans la préparation des entreprises à l’introduction de la monnaie unique européenne. La FEB est la plus importante organisation patronale du pays et représente 30.000 entreprises de 36 secteurs économiques, dont 25.000 constituent des petites et moyennes entreprises.

La FEB aide les entreprises à se préparer pour l’euro en diffusant les informations utiles sur les modalités de l’introduction de l’euro, en représentant les intérêts des entreprises vis-à-vis des autorités politiques qui déterminent ces modalités, et en assurant la coordination des efforts en faveur de l’euro des 36 fédérations professionnelles sectorielles.

  

1. La FEB défend l’euro

 

La FEB est de longue date un ardent défenseur de l'Union économique et monétaire (UEM). Car l’euro ne constitue pas simplement un complément au marché unique, mais il en est un élément indissociable sans lequel le marché unique ne saurait fonctionner convenablement.

 

En effet, les entreprises attachent une très grande importance à l'achèvement du marché unique. Il leur permet de dépasser la taille limitée des marchés nationaux aussi bien pour leurs ventes que pour leurs achats et réalise ainsi une meilleure allocation des ressources économiques en Europe. De cette façon, le marché unique contribue au renforcement de la compétitivité des entreprises et soutient la croissance économique et la création d'emplois.

 Mais l’expérience des dernières années a montré à suffisance que le fonctionnement du marché unique est fortement affecté par les variations de change. L'insécurité causée par ces fluctuations monétaires perturbe les plans de production, d'investissement et de commercialisation des entreprises car elle modifie leur rentabilité de manière imprévisible. Surtout les petites entreprises sont induites à concentrer leurs activités sur le marché domestique et à ne pas exploiter tout le potentiel du marché européen.

 D’ailleurs, le creux conjoncturel que nous avons connu l’année passée était intimement lié à l’instabilité des taux de change en 1995. Cette expérience nous démontre l’importance que revêt la stabilité monétaire pour la croissance économique et l’emploi.

 Pour la FEB, le marché unique ne sera véritablement intégré que moyennant une monnaie unique pour l’Union européenne. Elle permettra de bénéficier de taux d’intérêt réel moins élevés et évitera les crises monétaires et leurs effets néfastes pour l’activité économique.

 A part ces avantages macro-économiques évidents, l’euro apporte aussi de nombreux avantages très concrets aux entreprises:

- les entreprises vendant dans plusieurs Etats membres pourront bénéficier grâce à la monnaie unique d'une simplification de leurs opérations comptables et de leur communication externe, car les factures et autres documents (tels que les contrats commerciaux, les lettres de change, les listes de prix,...) feront tous référence à la même monnaie.

- l'euro permettra d'éviter les coûts de transaction à l'intérieur de l'union monétaire, tels que les frais de la couverture contre le risque de change ou les frais sur les opérations de change. Pour les entreprises très actives sur le plan international, ces économies peuvent être importantes.

- les coûts de financement diminueront: grâce à l’euro, les marchés financiers seront plus larges et plus liquides; de nouveaux instruments financiers apparaîtront qui seront mieux adaptés aux besoins spécifiques de chaque entreprise. L’UEM et le pacte de stabilité devraient assurer des taux d’intérêt réel durablement moins élevés. La monnaie unique réduit aussi les coûts de gestion des liquidités et des devises, car elle permet de réaliser des économies d’échelle dans ces activités financières.

- comme l'euro sera l'une des principales monnaies du monde, les entreprises européennes pourront davantage facturer leurs exportations en dehors de l'Union européenne et davantage régler leurs importations dans leur propre monnaie.

  

2. La FEB défend les intérêts des entreprises auprès des autorités

 

La FEB constitue un relais indispensable entre les entreprises et les autorités européennes et belges. Elle représente les entreprises dans les nombreux organes qui préparent l’arrivée de l’euro tant au niveau européen qu’au niveau belge.

 En effet, la problématique de l’euro touche à une multitude d’aspects de la vie socio-économique de notre pays; les implications de l’introduction de l’euro doivent être étudiées pour des matières très diverses touchant aux contacts entre les entreprises et les consommateurs, aux relations entre les entreprises et les travailleurs, à la communication entre les entreprises et au rôle des pouvoirs publics dans la transition à l’euro.

 Par conséquent, de nombreux organes consultatifs, dans lesquels siègent les représentants des entreprises, des consommateurs et des travailleurs, discutent des problèmes concrets que peut poser l’introduction de l’euro et des solutions optimales à y apporter, en gardant l’équilibre entre les intérêts des différentes parties impliquées. Leur activité est coordonnée en Belgique au niveau du Commissariat général à l’euro que le gouvernement a créé spécialement à cet effet.

 La FEB défend les intérêts des entreprises tant au niveau du Commissariat général qu’au niveau de ses groupes de travail et des organes consultatifs. Son objectif est d’assurer que les modalités de l’introduction de l’euro soient définies de façon à permettre aux entreprises un passage à l’euro sans heurt et au moindre coût.

 Pour se préparer efficacement, les entreprises ont besoin de connaître les "règles du jeu" de la transition à l’euro. A partir de quand peuvent-elles tenir leur comptabilité en euro? Dans quelles monnaies devront-elles facturer? Dans quelle monnaie doivent être remplies les déclarations fiscales ou les formulaires statistiques? Est-ce qu’il y a des retombées sur le plan fiscal? Comment sera organisé l’échange des billets et des pièces? Y a-t-il certaines obligations quant aux informations à fournir aux consommateurs et aux travailleurs?

 Beaucoup de ces questions trouvent aujourd’hui une réponse dans les décisions prises ou annoncées au niveau européen et national. D’autres questions restent encore ouvertes et font encore l’objet de discussions et de négociations. C’est ici que la FEB veille à ce que les décisions finalement prises tiennent compte des besoins des entreprises. Pour la FEB, il est important que les entreprises puissent agir dans un cadre légal et réglementaire qui lève toute ambiguïté et insécurité durant la transition à l’euro, mais ce cadre ne doit pas étouffer le dynamisme et l’ingéniosité des entreprises.

 Car les entreprises craignent qu'on leur impose de nombreuses réglementations trop contraignantes lors du lancement de l'euro. Que cela concerne le contrôle ou l'affichage des prix, la comptabilité ou la facturation, un encadrement trop strict du lancement de l'euro pourrait être préjudiciable au succès de l'UEM.

 En effet, l'introduction d'une nouvelle monnaie représente un bouleversement profond des habitudes pour les entreprises et exige de nombreuses adaptations, souvent onéreuses à exécuter. Dans ces circonstances, la FEB estime qu’il est très important que l'introduction de l'euro se fasse dans le respect des mécanismes de marché et en laissant aux acteurs économiques la faculté de s'ajuster souplement à la nouvelle monnaie. Des réglementations trop strictes ne sauraient pas tenir compte de la situation particulière de chacune des entreprises et risquent seulement d'augmenter la complexité du processus d'adaptation.

 C’est pourquoi la FEB souhaite que les modalités d’introduction de l’euro laissent aux entreprises la souplesse nécessaire pour organiser le passage à ce nouvel environnement monétaire d’une façon efficace et adaptée à leurs spécificités.

 La FEB entend aussi coordonner le passage à l’euro des différents secteurs économiques: à cette fin, elle dispose en son sein d’un groupe de coordination composé des responsables "euro" des fédérations sectorielles membres de la FEB. Son rôle consiste à éviter la multiplication d'efforts isolés pour traiter les problèmes que pose l'introduction de l'euro, à chercher des solutions communes à ce type de problèmes et à définir des positions communes vis-à-vis des autorités publiques.

  

3. L’importance d’une bonne préparation à l’euro

 

La date de lancement de l’Union économique et monétaire s’approche à grands pas. Dans seulement un an et demi, l’euro verra le jour. Compte tenu de ce calendrier serré et de l’ampleur des adaptations nécessaires au niveau des entreprises, la FEB constate avec inquiétude le manque de préparation des entreprises. En effet, une large part des entreprises ne s’est pas encore lancée sérieusement dans la préparation à l’euro. Cela concerne surtout les petites et moyennes entreprises, mais cela est aussi vrai pour de nombreuses grandes entreprises.

 Pourtant, le temps presse. L’expérience des entreprises qui se préparent déjà activement, nous enseigne que les implications du passage à l’euro ont souvent été sous-estimées a priori, tant en ce qui concerne le coût des adaptations que le temps nécessaire pour la préparation.

 Malheureusement, certaines déclarations (d’institutions privées et publiques) créent au sein des entreprises la fausse impression que la préparation à l’euro peut être retardée; ainsi, on souligne souvent que, selon le scénario officiel du passage à l’euro, les entreprises auront toute la période transitoire (soit du 1er janvier 1999 jusqu’au 31 décembre 2001) pour effectuer le basculement à l’euro et qu’elles pourront donc choisir le moment le plus opportun pour le faire.

 Toutefois, ce qui est vrai pour le passage interne à l’euro (comme p.ex. la comptabilité) ne l’est pas nécessairement au niveau externe, c’est-à-dire au niveau de la communication avec d’autres entreprises.

 Beaucoup d’entreprises, surtout des grandes, ont déjà annoncé aujourd’hui qu’elles passeront à l’euro le plus tôt possible, soit en 1999. Il est alors vraisemblable qu’elles exigeront de leurs fournisseurs, parmi lesquels aussi beaucoup de PME, de les facturer en euro dès 1999.

 En d’autres mots, quelque soit le choix du moment de passage à l’euro en ce qui concerne l’organisation interne de l’entreprise, celle-ci devra être capable dès le 1er janvier 1999 de traiter ses communications avec d’autres entreprises aussi bien en franc belge qu’en euro. Cela concerne les factures, les listes de prix, la passation des contrats, la soumission des offres, etc.

 Les entreprises qui ne seront pas prêtes dès 1999 devront donc s’adapter en toute hâte à cette nouvelle réalité et risquent de perdre des opportunités commerciales. En effet, des problèmes pourront apparaître dans la comptabilité du fait de l’existence de deux monnaies (le franc et l’euro), des ordres de paiements ou des comptes pourraient être mal enregistrés à cause d’une confusion entre monnaies, des retards pourraient se manifester dans la production ou la livraison, ...

 Comme ces problèmes peuvent se répercuter sur les prix offerts et les services rendus à la clientèle, une mauvaise préparation à l’euro peut avoir des répercussions sur la position compétitive de l’entreprise.

 

 4. Retombées commerciales de l’euro

 

Le lancement de l’euro n’a pas seulement des effets sur le plan technique et organisationnel. La création d’une large zone monétaire a aussi de considérables retombées sur le plan commercial. Avec la monnaie unique, les marchés se rapprochent car ils deviennent plus transparents; les prix deviennent directement comparables parce qu’ils sont tous exprimés dans la même monnaie. La disparition du risque de change rend l’achat et la vente dans d’autres Etats membres plus facile et moins risquée; l’horizon géographique des entreprises s’élargit.

 Ces effets seront bien sûr plus ou moins intensifs selon le type d’activité de l’entreprise. Certaines activités seront peu affectées. Car, même une monnaie unique ne pourra pas empêcher une certaine segmentation des marchés, à cause des différences de langue, de mentalité et de goût existant entre les Etats membres, ou à cause des obstacles de type fiscal et réglementaire qui subsistent encore aujourd’hui dans le marché unique.

 Compte tenu de ces réserves, l’arrivée de la monnaie unique pourrait intégrer davantage certains marchés qui étaient encore organisés à un certain degré sur une base nationale: sur ces marchés, les paiements transfrontaliers sont aujourd’hui encore trop onéreux, les risques de change trop élevés et les opérations de couverture trop coûteuses (surtout s’il s’agit de marchandises de peu de valeur ou de commandes de volumes peu élevés). L’arrivée de l’euro supprime ces obstacles de type monétaire et permet l’extension de ces marchés au-delà des frontières.

 A chaque entreprise d’examiner l’impact probable de l’euro sur les marchés dans lesquels elle est active. L’euro offre des opportunités et des risques.

 D’une part, l’euro offre des opportunités aux entreprises qui s’adaptent souplement à ce nouvel environnement concurrentiel. Elles devraient examiner dès maintenant quelles pourraient être les conséquences sur leur clientèle. Pour cela, il faut collecter toutes les informations utiles sur la clientèle potentielle dans la région desservie par l’entreprise, et cela en faisant abstraction des différentes monnaies existantes à l’heure actuelle. Peut-être faudra-t-il redéfinir les régions de vente, réorganiser la segmentation des marchés-cibles. Peut-être faudra-t-il réorganiser les service de vente et réorienter les structures de distribution en conséquence. Peut-être faudra-t-il même réorganiser la production, par exemple parce que la production de certains produits devient rentable sur le marché élargi ou parce que l’apparition de nouveaux produits introduits par de nouveaux concurrents exige une adaptation de la palette de produits offerts par l’entreprise.

 Du côté des achats également, il faudrait voir dans quelle mesure l’euro pourrait donner lieu à une révision de la liste des fournisseurs. La plus grande transparence des prix renforce la concurrence et réduit le prix des produits que l’entreprise achète. Il faut identifier à temps les fournisseurs offrant les meilleurs conditions dans ce contexte changé.

 D’autre part, l’introduction de l’euro comporte aussi des risques pour les entreprises. Parce que l’élargissement des marchés ne produit pas seulement l’accès à une plus grande clientèle, mais suscite aussi la venue de nouveaux concurrents étrangers jusqu’alors retenus par les coûts et les risques liés aux taux de change. Même des entreprises tournées essentiellement vers le marché domestique pourraient subir une intensification de la concurrence de l’étranger. Toutes les entreprises ont donc intérêt à améliorer leur connaissance du marché et à examiner la probabilité de l’arrivée de nouveaux concurrents venus de régions européennes plus éloignées.

 

 5. La FEB informe les entreprises

 

L’euro exige donc une bonne préparation aussi bien sur le plan technique que sur le plan commercial et stratégique. Nous recommandons vivement aux entreprises de commencer dès maintenant la préparation à l’euro. D’une part, il faut procéder à la collecte d’informations, à l’inventarisation des adaptations nécessaires et à la formulation d’une stratégie de passage à l’euro. D’autre part, il faut examiner quelles pourraient être les implications de l’euro sur plan commercial, aussi bien pour ce qui concerne les nouvelles opportunités offertes par un marché élargi que pour ce qui concerne l’accroissement de la concurrence.

 Afin de sensibiliser les entreprises à la problématique de l’euro et de les informer sur les préparations nécessaires, la FEB mène depuis le début de 1996 une campagne d’information sur l’euro. Celle-ci a été lancée par la publication de la brochure d’information "En route vers l’euro" et la tenue d’une séance d’information sur la préparation des entreprises à l’euro. Elle a continué sous la forme de nombreux articles dans le "Bulletin" mensuel et "l’Infor" hebdomadaire de la FEB, ainsi que la contribution à de nombreuses conférences et séminaires organisés partout dans le pays.

 La FEB entend intensifier sa campagne d’information et de sensibilisation à l’approche de la date de démarrage de l’UEM, afin de "réveiller" les chefs d’entreprise qui ne se sont toujours pas rendu compte de l’urgence de se lancer dans les préparatifs. Ainsi, une nouvelle brochure sera publiée prochainement, qui contient des informations très pratiques à l’usage des entreprises (dont notamment une "check-list" pour se préparer à l’euro). Entre-temps, la FEB étudie les expériences d’entreprises déjà très actives sur le plan de l’euro et réalisera des "case studies", dont les résultats devraient être publiés vers la fin de cette année. Des séminaires thématiques, c’est-à-dire liés à des aspects spécifiques de l’euro, seront également organisés. La FEB s’efforce aussi de rencontrer le plus possible directement les entreprises, en portant son concours à l’organisation de séminaires et de workshops organisés par des institutions en contact direct avec les entreprises (comme par exemple les chambres de commerce et d’industrie).

 Bien sûr, les entreprises peuvent aussi contacter directement la FEB afin de poser des questions spécifiques liés à l’introduction de l’euro.

  

6. Conclusion

 

La FEB attache une importance primordiale à la réussite de l’Union économique et monétaire, car la monnaie unique constitue un élément indispensable au bon fonctionnement du marché unique.

 Les entreprises ont tout intérêt à être bien préparées. Celles qui le seront pourront bénéficier rapidement des avantages et des nouvelles opportunités qu’offre la monnaie unique. Mais le temps presse: les entreprises qui, aujourd’hui, ne se préparent pas encore activement à l’introduction de l’euro risquent de se faire dépasser par les événements et ... par leurs concurrents.

 D’une part, l’introduction de l’euro exige de nombreuses adaptations sur le plan technique, par exemple au niveau de la comptabilité, de la facturation ou des systèmes informatiques.

 

D’autre part, l’arrivée de l’euro entraîne un changement profond de l’environnement financier et concurrentiel de l’entreprise. Avec la monnaie unique, les économies des Etats membres se rapprochent davantage; pour les entreprises, les débouchés s’élargissent mais, en même temps, la concurrence s’intensifie.

 Pour aider les entreprises dans leur tâche de préparation, la FEB veille à ce que l’introduction de l’euro se fasse dans des conditions favorisant une adaptation souple et informe les entreprises afin qu’elles puissent se préparer en connaissance de cause. 

15-05-1997


 

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