Quelles relations banques - entreprises face à l'UEM?

Zygmunt Tyszkiewicz*


INTRODUCTION

Déjà en 1970, quand M. Pierre Werner, Premier Ministre et Ministre des Finances luxembourgeois, présentait au Conseil européen un rapport sur une institution par étapes d'une union économique et monétaire en Europe, les milieux d'affaires européens s'étaient déclarés en faveur d'un tel projet. Depuis lors, les entreprises européennes n'ont eu cesse de réclamer et de soutenir tout programme destiné à les doter des mêmes instruments de compétitivité économique que ceux dont disposent leurs concurrents américains et japonais, à savoir: un marché unique de plusieurs centaines de millions de consommateurs doté de son complément naturel, une seule monnaie qui aura une assise internationale et sera donc capable de concurrencer le dollar et le yen sur un pied d'égalité.

En 1992, la ratification du Traité de Maastricht relançait l'espoir de voir l'Europe se doter, avant la fin du millénaire, d'un marché et d'une monnaie uniques. Alors que le marché intérieur est en voie d'achèvement, certains cependant continuent à douter de l'introduction de l'euro dans les délais et selon les conditions prescrits par le traité. Ces doutes devraient s'estomper compte tenu du fait que les Conseils européens de Madrid et de Florence ont réaffirmé l'engagement politique de commencer l'UEM selon les modalités décrites dans le traité. Les Chefs d'Etat et de gouvernement ont adopté un scénario de passage vers la monnaie unique et ont invité les instances européennes concernées à entamer sans délai les travaux techniques préparatoires. Ces travaux sont désormais engagés et l'on peut espérer qu'ils aboutiront, avant la fin de l'année, au moins sur un point essentiel pour tous les opérateurs économiques, à savoir le cadre juridique pour l'introduction de l'Euro dès le 1er janvier 1999.

Certes, à côté de ceci subsistent encore des questions d'ordre politique ayant un impact certain sur les entreprises, notamment en ce qui concerne l'organisation des futures relations entre "ins" et "outs". La portée réelle de ce problème ne sera pas connue avant l'annonce, en 1998, des pays fondateurs de l'union monétaire. Toutefois, d'ores et déjà il apparaît opportun d'entamer la préparation au niveau des entreprises, en fonction de leurs spécificités; le risque de ne pas être prêt à temps étant probablement plus élevé que celui d'entreprendre trop tôt les investissements nécessaires.


LES ATTENTES DES ENTREPRISES FACE A L'UEM

Les entreprises attendent de l'introduction de la monnaie unique qu'elle réduira leur exposition au risque et aux commissions de change, engrangera des économies liées à la diminution des coûts des transactions et du financement, générera d'importantes simplifications et une optimisation de leur environnement économique.

Cela étant, le tissu entrepreneurial européen constitue néanmoins un ensemble très hétérogène. Les préoccupations des chefs d'entreprise pourront donc être très variées en fonction des secteurs d'activité, de la taille des entreprises ou de leur orientation internationale. Ainsi, une P.M.E. ou une grande entreprise, une entreprise opérant sur un marché national ou ayant des relations clients/fournisseurs sur des marchés tiers, une entreprise en contact avec le grand public, une entreprise basée à l'intérieur, ou en dehors, de la future zone monétaire unifiée, une entreprise ayant quotidiennement d'importantes opérations de trésorerie, sont autant de cas qui exigeront des approches différentes.

De plus, ces contextes influencent directement le niveau de conscience de l'entrepreneur vis-à-vis de la monnaie unique, ses connaissances des implications pratiques de l'introduction de l'euro, les possibilités financières et humaines existantes au sein de son entreprise afin de se préparer à la transition, son accès aux services et facilités délivrés par les institutions bancaires et financières.

Il en résulte certaines appréhensions mais également des attentes, voire des exigences, vis-à-vis du milieu bancaire. A partir du 1er janvier 1999, les entreprises voudront naturellement connaître quelle sera l'offre bancaire de services et de produits en euro, ainsi que leur coût.

Par exemple, les délais et les coûts pour des paiements transfrontaliers mais restant dans les limites de l'union monétaire devraient converger sur ce qui existe actuellement pour un paiement intra-national. Les P.M.E., en particulier, devraient être les premières à bénéficier de ces économies. Les banques sont donc invitées à adopter des moyens d'encaissement rapide et performant leur permettant, dès le début, d'adapter le tarif et les délais exigés pour ce genre de service. De plus, et en référence au débat actuel sur les possibilités d'accès au système TARGET, le leitmotiv devrait être d'éviter à tout prix d'introduire de nouvelles distorsions de concurrence au sein du marché unique, distorsions que la création de l'UEM cherchait à faire disparaître.

Parce que la monnaie constitue leur matière première, les banques seront amenées à jouer un rôle central dans la transition vers l'euro. Il est donc bon de constater que ces dernières en grande majorité se mobilisent sans tarder afin de se préparer à l'UEM. Nous saluons à cet égard tous les exemples positifs de banques qui ont créé en leur sein des cellules d'étude chargées d'étudier l'impact de l'euro sur leurs activités internes et externes.

Si certaines grandes entreprises ont également commencé à se préparer à la monnaie unique, d'autres, peut-être la majorité, sont encore inconscientes des effets de l'euro sur leurs activités quotidiennes et sur leur stratégie à long terme. Dans ce cadre de réflexion commune la relation banque / entreprise est cruciale et leurs intérêts sont naturel-lement convergents. Une bonne collaboration entre ces deux agents économiques est essentielle. Afin d'identifier les besoins mais également les possibilités des uns et des autres, une expérience pilote regroupant dans des groupes de réflexion des représentants de ces deux secteurs devrait être initiée. La réussite du processus d'unification monétaire passe en effet par une organisation et une préparation adéquate de toutes les catégories d'opérateurs économiques.

Dans ce contexte, le rôle des administrations publiques n'est donc pas non plus négligeable. Il est très important que ces dernières soient prêtent à accepter l'euro dès le début de la transition. Le principe "no prohibition, no compulsion" ne serait plus respecté s'il en allait autrement. Il est donc impératif qu'un cadre réglementaire adéquat définissant l'ensemble des conditions à réunir pour favoriser l'utilisation de l'Euro dès le 1er janvier 1999 soit défini au plus vite. Des cellules de coordination au niveau national, réunissant les entreprises, les banques et les administrations publiques devraient être mises sur pied sans tarder.


POLITIQUE D'INFORMATION

Grâce à des contacts de travail quasi quotidiens, les banques seront l'un des interlocuteurs privilégiés des entreprises pendant toute la phase de transition. Les banques pourraient donc développer une politique d'information en faveur des entreprises et principalement des P.M.E. Comme l'a déjà souligné la Commission européenne, cette politique devrait être à la fois pro-active et progressive. Pro-active parce que dans ce contexte, une politique attentiste ne répondra pas aux besoins des entreprises et progressive parce qu'il faut adapter l'information aux besoins des entreprises sur une période relativement longue. Par ailleurs, il conviendra de décentraliser la mise en oeuvre des stratégies d'information aux niveaux les plus appropriés.

Une première série d'informations devra être destinée à la prise de conscience. La distribution par la banque de brochures, voire l'organisation de séminaires ou de conférences, sont à cet égard d'excellents vecteurs de communication. A ce stade, beaucoup d'entreprises veulent apprendre l'abc de l'union économique et monétaire: ce qu'est l'UEM, ses avantages et ses inconvénients, quels scénario de transition et calendrier ont été choisis par le Conseil européen.

Ultérieurement, le besoin d'information se fera plus spécialisé. Il serait utile de songer à des mises à jour régulières, par exemple en dressant régulièrement un état des lieux et en faisant état des derniers développements des travaux nationaux et commu-nautaires (méthode employée pour les arrondis, taux de conversion à appliquer, etc.). Petit à petit, ces questions se feront de plus en plus pratiques et dès lors, la banque sera amenée à s'investir dans un autre genre d'activité: le conseil.


ACTIVITE DE CONSEIL

Les chefs d'entreprise et principalement de P.M.E., s'inquiéteront des conséquences que l'euro va entraîner dans un certain nombre de fonctions au sein de leur entreprise. Et ils se tourneront à nouveau vers leur banquier.

Il est évident que le domaine dans lequel la banque joue le rôle le plus important pour l'entreprise est celui de la finance. Lors de leurs opérations financières les plus courantes, la banque avertira ses clients, comme elle le fait déjà, des changements qui affecteront l'environnement financier. Les entreprises et surtout les P.M.E. qui n'ont pas les mêmes possibilités d'accès à l'information voudront connaître le comportement attendu des taux obligataires en euro, savoir ce que va devenir le marché de l'écu, être informées des caractéristiques de l'euro (monnaie stable et forte comme le D-Mark ?), estimer la profondeur et la liquidité du nouveau marché en euro, savoir quelle sera la courbe des taux de référence que l'on choisira. Elles s'interrogeront encore sur l'impact de l'introduction de l'euro sur les techniques de gestion du risque et du financement des investissements.

Le rôle du personnel de la banque est donc crucial. Sa tâche, comme aujourd'hui, sera multiple. Il devra informer les entreprises des fonctions qui risquent d'être affectées par l'euro et les conseiller concrètement en fonction des changements qui seront intervenus dans l'environnement financier. Expliquer quelles seront les implications pour les comptes bancaires, comment seront convertis les obligations, les bons de caisse et les actions, quels sont les divers moyens de paiement, les meilleurs stratégies de financement, etc. feront partie de leur travail quotidien.

Pour résumer, d'une manière générale, la banque pourra donner quelques premiers conseils à son client sur la façon dont il peut se préparer à l'euro. Ce dernier appréciera tout conseil l'avertissant des implications liées à l'introduction de la monnaie unique dans l'organisation de son entreprise (système informatique, gestion de la trésorerie et des devises, comptabilité, banques de données financières, salaires et traitements, contrats commerciaux, etc.) ou concernant la date du basculement vers l'euro en fonction de la nature exacte des activités de l'entreprise. Afin de répondre à ces défis, la banque pourra se baser sur l'expertise technique accumulée pendant sa préparation. Cette expertise est très importante également comme élément de marketing et de concurrence, afin d'attirer les clients!


CONCLUSION

Il n'est plus temps de tergiverser. La préparation à l'UEM est engagée. Dans moins de huit cents jours, l'euro sera déjà une réalité pour certains. Une préparation soignée et entamée sans délai est donc devenue indispensable pour tous les acteurs de la vie économique.

Grâce à leur relation privilégiée, les banques ont un rôle très important à jouer tant dans la communication de l'information aux entreprises que dans le conseil. Une forme de partenariat est souhaitable afin de recenser les besoins et les capacités des uns et des autres face à l'UEM. Une attention particulière devra être dirigée vers les P.M.E. pour qui l'impact de la transition risque d'être le plus grand.

23-09-1996


* Secrétaire général de l'Union des Confédérations de l'Industrie et des Employeurs d'Europe (UNICE). Rue Joseph II, 40 boite 4 - 1000 Bruxelles


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