La préparation de la Générale de Banque au passage à l’euro

André Bergen*


La réflexion du secteur bancaire sur les implications du passage à la Monnaie Unique a débuté en octobre 1944. C’est en effet à cette époque que la Fédération bancaire européenne a lancé auprès des Banques une enquête sur la durée et les coûts du passage à ce que l’on appelait encore Ecu à l’époque. Grâce à cette enquête, les Banques ont pris conscience, et de l’ampleur de la tâche qui les attendait, et de la position tout à fait centrale qu’elles occupent dans le processus du basculement, elles dont la monnaie est la matière première par excellence.

Peu de temps après avoir répondu à cette enquête, la Générale de Banque a entamé son propre processus de réflexion.

Celui-ci s’est déroulé en trois étapes à savoir : - les interrogations - l’investigation - la réalisation

1. LES INTERROGATIONS

Une première étape a en effet consisté à interroger divers responsables des principaux domaines d’activité de la Banque sur les impacts de la Monnaie Unique, tant sur l’organisation du travail (process) que sur les incidences commerciales (marketing).

Les domaines retenus étaient : - les paiements - les produits monétaires - les produits financiers et les assurances - les crédits - la gestion des comptes (reporting aux clients et reportings légaux)

D’autre part, les responsables de l’informatique, du juridique, des Ressources humaines, de la Communication ont également été impliqués dans cette enquête. Les nombreuses réponses reçues ont permis de dégager, par domaine, 5 ou 6 thèmes méritant une étude approfondie et de passer ainsi à l’étape suivante.

2. L’INVESTIGATION

Cette étape a permis au Comité de Direction de la Banque d’avoir une vue globale, non seulement des coûts résultant du passage technique à l’euro, mais également des autres budgets à mettre éventuellement en oeuvre pour développer, sur base des conclusions des études, de nouvelles stratégies commerciales afin de positionner dynamiquement la Banque face au nouveau marché qui se présente à elle.

3. LA REALISATION

Cette étape va imposer à toute la Banque de retrousser ses manches de manière à être prête à offrir dès le 1er janvier 1999 un service complet en euro à la clientèle qui le souhaiterait.

Cette étape aura démarré en septembre dès que l’ensemble de l’encadrement aura été informé des décisions prises par le Comité de Direction de la Banque suite aux conclusions des diverses études.

Avant de passer à l’examen de la méthodologie suivie par le Département informatique de la Banque pour assurer le passage à l’euro, je voudrais relever les avantages induits qui ont découlé de l’approche que nous avons suivie.

Avantages

- Le premier avantage que j’y vois résulte du fait que les groupes de travail constitués pour mener à bien les diverses études étaient des groupes multidisciplinaires et multidépartementaux qui ont ainsi été sensibilisés aux synergies possibles entre leurs entités respectives. - Le second avantage est que le passage à l’euro sera "le" projet mobilisateur par excellence au sein de la Banque et ce pour plusieurs années.

Méthodologie suivie par le Département informatique

Parallèlement aux études stratégiques menées dans les différents domaines bancaires, il était demandé au Service Informatique (IS) de mesurer avec le plus de précision possible et dans un délai assez bref l’impact de l’introduction de la monnaie unique sur l’ensemble des applications informatiques.

Le portefeuille informatique de la banque (plus de 18.000 programmes ou objets) est réparti dans une quinzaine de "domaines" bancaires (titres, crédits, comptes, etc) qui ont chacun un et un seul responsable à IS. Ces derniers ont toute l’autonomie et le pouvoir pour remplir la mission de IS dans leur domaine.

Chaque domaine est divisé en applications (environ 350 pour toute la banque) qui regroupent donc un certain nombre de programmes.

Ce regroupement de programmes en applications et domaines n’est pas seulement fonctionnel; il est également à la base du système automatisé de mise en production des programmes, et de ce fait constamment à jour.

Dans ce contexte, il a été demandé aux responsables IS des domaines de:

Ces estimations ne pouvaient intégrer a priori aucun nouveau besoin business, à estimer séparément. Elles étaient donc en quelque sorte minimalistes (le minimum à prester pour que la banque puisse fonctionner en euro dès début 1999).

Etant donné d’une part le niveau d’incertitude propre à l’environnement concurrentiel et, d’autre part les inconnues relatives au schéma de place, un cadre de référence fonctionnel a été dressé pour donner une gamme d’hypothèses communes aux études.

Cadre technique

Ce cadre fonctionnel a été traduit en cadre technique, à l’attention de IS. Il comprenait également quelques hypothèses techniques supplémentaires:

Un template, contenant le minimum d’informations à fournir par les responsables des domaines, était également mis à leur disposition.

Il était aussi demandé de signaler toute divergence avec les hypothèses du cadre, ainsi que toute hypothèse supplémentaire faite dans le domaine, ceci dans le but de faire évoluer le cadre technique.

Cette approche a permis d’obtenir très rapidement une première version des informations demandées; elle sera réactualisée et affinée en fonction de l’évolution des cadres fonctionnels (schéma de place) et techniques.

Il est également apparu à l’occasion de cette étude qu’une grande partie des applications impactées par l’euro l’étaient également par le passage à l’an 2000 (quasiment même échéance).

C’est pourquoi, dans une optique de rationalisation (on n’ouvre pas le même chantier 3 ou 4 fois d’affilée), les estimations finales intègrent, en plus des modifications dues à l’euro, celles provoquées par le passage à l’an 2000, par des conversions de langages informatiques qui ne seront plus supportés à ce moment ainsi que par l’amélioration de l’environnement de test requis.

Volume des prestations

L’ensemble de ces modifications nécessitera un effort de développement estimé actuellement à cent années homme chacune des années 1997 et 1998, suivies encore de 70 années hommes (première approximation), à prester de 1999 à 2002.

Etant donné le volume des prestations (cent années homme représentent environ un cinquième des ressources IS de développement) et la proximité de l’échéance (début 1999), un système de suivi très rigoureux de l’état d’avancement sera mis en place; des paramètres spécifiques vont être introduits dans le système automatisé de mise en production des programmes, ce qui permettra d’éditer à tout moment des tableaux de bord permettant d’avoir une vue de la situation par domaine, application ou éventuellement programme.

Les premières analyses détaillées démarreront dans le courant du deuxième semestre de cette année.

11-09-1996


* Membre du Comité de Direction de la Générale de Banque. Rue Montagne du Parc 3 - 1000 Bruxelles.


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