Editorial


Une monnaie unique en 1999.
Des billets en 2002?

« ECU », qui a publié en 1994 un dossier sur la monnaie européenne, a estimé utile de revenir sur ce sujet afin d'accompagner les progrès dans les travaux qui sont menés actuellement pour la préparation du passage à la monnaie unique. Le groupe Maas rendra son rapport final en mai et la Commission Européenne prépare un Livre vert sur la monnaie unique qui sera soumis au Conseil Européen de Cannes le 26 juin. En outre, pour la première fois, une date a été mentionnée pour l'introduction des signes monétaires en écu lors de la réunion des ministres des Finances à Versailles, les 7/8 avril 1995. Même si la tournure est négative: « pas avant 2002 », on peut cependant considérer que c'est une première prise de position politique.

Il est admis que la crédibilité de la mise en oeuvre de la monnaie européenne sera fonction de deux éléments: la capacité des Etats-membres à respecter les critères de convergence, en particulier celui relatif à la réduction des « déficits excessifs » et une solide préparation technique; le présent numéro est consacré à ce dernier point.

Le jour de l'entrée en vigueur de la 3ème phase, il est stipulé dans le Traité de Maastricht que la Banque centrale européenne exercera pleinement ses compétences dans la définition et la mise en oeuvre d'une politique monétaire unique et que l'écu deviendra une monnaie à part entière. Le fait qu'il est également stipulé que les monnaies seront reliées entre elles par des parités irrévocablement fixées implique la disparition, du jour au lendemain, des marchés des changes entre les monnaies qui participent pleinement à l'Union. Cette politique monétaire unique induit, en termes économiques, une monnaie unique même si coexistent des signes monétaires différents.

Le processus ne peut cependant pas être arrêté à ce stade intermédiaire car cette unicité de la monnaie, qui pourrait à la rigueur satisfaire des économistes, ne convient pas au marché ni à l'homme de la rue et sa pérennité est loin d'être garantie. L'Union monétaire pourrait se désintégrer au fil des ans sous la pression des marchés ou des événements politiques si la mise en place des signes monétaires tarde trop.

L'irrévocabilité n'est qu'un engagement politique, qu'une décision dans l'autre sens pourrait annuler sans grande difficulté. Les soubresauts qui agitent encore l'union économique belgo-luxembourgeoise, vieille de nombreuses décennies, montrent qu'une union monétaire n'est pas définitivement scellée aussi longtemps que des signes monétaires différents coexistent.

La monnaie unique européenne ne sera donc reconnue comme une véritable monnaie que lorsqu'elle sera dotée de ses propres billets et de ses pièces. Fixer une date aussi rapprochée que possible pour l'introduction de ces attributs tangibles de la souveraineté monétaire européenne est primordial car l'engagement politique est ainsi pratiquement impossible à dénouer.

2002: ce délai de trois ans, qui est invoqué pour des raisons techniques, est long face à la puissance des marchés financiers et aux turbulences économiques mais dans ce contexte, la meilleure réponse des «volontaristes » aux « réalistes » sera de montrer que ce laps de temps peut être mis à profit pour rendre l'entreprise irréversible. La mise en circulation des billets n'apparaîtra plus alors que comme le couronnement de l'union monétaire.

Dans les faits, ce ne serait pas le second big bang envisagé mais tout simplement la fin du processus engagé trois ans auparavant. Entre ces deux dates, l'écu qui aura reçu cours légal, pourra être utilisé, en concurrence avec les monnaies nationales, comme moyen de libellé et de règlement pour les opérations financières et commerciales. La totalité du système bancaire, les entreprises, les administrations et les particuliers, pourront déjà l'utiliser à la place ou en concurrence avec les monnaies nationales.

Les difficultés seraient règlées sans précipitation, au fur et à mesure de leur survenance et des moyens mis en place pour les résoudre. A la fin de cette phase, qui s'apparenterait à une formation collective en continu, on pourrait même offrir aux européens les plus impatients le plaisir de toucher le papier des billets et de faire sonner les pièces quelques jours avant « l'écu day ».

Le Comité de rédaction


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