Le marché bancaire de l’écu à fin mars 1987
 
 

Pierre Guimbretière
Responsable de la revue ECU


 
 

Le marché bancaire de l’écu qui avait connu depuis ses débuts une expansion rapide a enregistré à partir du second semestre 1985 un ralentissement, puis un temps d'arrêt dans sa progression. La reprise qui se dessine depuis la fin de l'année 1986 due essentiellement à l'activité sur l'euromarché, avec les non-résidents, est peut-être le signe d'une mutation de ce secteur.

Au 31 mars 1987, l'écu occupe la cinquième position parmi les avoirs en devises étrangères des banques déclarant à la BRI après le dollar, le deutsche mark, le franc suisse et le yen. Le pourcentage atteint par l'écu: 2,3% des devises étrangères détenues par l'ensemble des banques déclarantes donne une image de son importance relative au niveau mondial. Ce pourcentage qui s'élève à 4,3% (1) si on ne recense que les avoirs en devises des seules banques déclarantes européennes, représente mieux l'actuelle réalité de l'usage de l'écu centré principalement sur la scène monétaire européenne. L'écu se trouve alors situé après le yen qui atteint 7% de l'ensemble et avant la livre sterling: 2,2%.

Cette étude du marché bancaire basée sur les statistiques trimestrielles de la BRI arrêtées au 31 mars 1987 est divisée en deux parties: la première décrit l'évolution du marché et de ses composantes au cours des douze derniers mois sous revue (fin mars 1986, fin mars 1987), la seconde examine la situation, au 31 mars 1987, des différents centres nationaux participant à cette activité.
 

I. L'EVOLUTION DU MARCHE

Au cours des 12 derniers mois pour lesquels les statistiques sont disponibles (fin mars 1986, fin mars 1987), les avoirs du système bancaire sont passés de 67,6 à 75,1 milliards d'écus (2) en augmentation de 11%; les engagements, de 61,2 à 65 milliards d'écus, en progression de 6,2% (3). Les pourcentages correspondants des 12 mois précédents étaient de 28 et 43%. Le relevé des chiffres pour les cinq derniers trimestres montre dans le tableau 1 ci-dessous que ce n’est véritablement que depuis le début de l'année 1987 que la stagnation du marché est en train de prendre fin.
 
 


Tableau 1. Marché bancaire (mds d'écus)


La crise traversée par le marché bancaire de l'écu en 1986: un simple arrêt de la progression, aura été beaucoup moins sévère que celle du marché financier qui a enregistré, durant la même période, un recul considérable du montant des émissions.

La ventilation des déclarations entre les "non-banques": les opérateurs finaux et les banques: le système bancaire avec quelques éléments annexes, comme les institutions monétaires internationales, amène à constater que seul le secteur des engagements envers les non-banques est encore en stagnation.

La ventilation des opérations entre "non-résidents": l'euromarché et "résidents" les marchés domestiques, montre dans le tableau 2 suivant que le mouvement déjà noté au cours des douze mois précédents, se confirme: stagnation, voire régression des opérations sur les marchés domestiques, continuation de la progression sur l'euromarché
 


Tableau 2. Marché bancaire (mds d'écus)


1. Le poids du secteur "banques"  est stabilisé

Le poids du secteur "banques" qui s'est accru jusqu'au début de 1986, est stabilisé depuis un an autour de 78%. Ce pourcentage qui parait élevé peut trouver des explications dans la nature même des opérations en eurodevises et dans la situation propre à l'écu.

Ce pourcentage n'est pas anormal pour une eurodevise quelle qu'elle soit: les opérations sur les euromarchés ne sont pas en effet effectuées à vue mais avec une échéance précise. La banque qui reçoit un dépôt sur ce marché n'en ayant pas le remploi immédiat à la même échéance, met aussitôt les fonds collectés dans le circuit interbancaire où ils "travaillent" instantanément. Ces ressources peuvent ainsi passer de banque à banque pour des durées diverses avant de trouver une affectation définitive hors de l'interbancaire correspondant à l'échéance du dépôt. Le système de compensation multilatérale qui en mars 1988 réunira une trentaine de banques ne réduira sans doute pas le nombre de passages dans le circuit interbancaire, mais en fluidifiant les relations bancaires, pourrait accélérer la circulation de ces fonds, en attendant que le développement du marché multiplie les possibilités de mieux faire coïncider les échéances.

Ce pourcentage élevé qui jusqu'à une période récente avait été en progression régulière peut en outre s'expliquer par des raisons propres au marché de l'écu.

Cette situation peut résulter tout d'abord de la constante arrivée sur le marché de banques qui jusqu'alors indifférentes, ou non sollicitées portent désormais intérêt à l'écu. Bon nombre de ces établissements n'ont pas une activité réellement productrice mais s'insèrent, en l'allongeant, dans le circuit interbancaire de cette nouvelle devise à l'occasion d'opérations de change effectuées par leur clientèle ou d'arbitrages pour leur propre compte.

L'augmentation régulière des opérations avec les non-résidents sur l'euromarché et la diminution de celles effectuées avec les résidents confirment l'extension géographique de ce marché hors des pays de la Communauté.

La seconde explication est basée sur des opérations récemment repérées grâce à l'amélioration des recensements effectués par la BRI. La nouvelle série statistique établie depuis décembre 1985 n’a pas modifié les chiffres des non-banques, mais a conduit à augmenter ceux du secteur bancaire de 2 à 3 milliards d'écus pour prendre en compte, à côté de l'activité découlant de l'intermédiation bancaire, les opérations faites par les banques pour leurs besoins propres. Ont été ainsi identifiés et ajoutés, du côté des avoirs, les titres que les banques détiennent en portefeuille, plus ou moins volontairement et du côté des engagements, les émissions de titres qu'elles effectuent en leur propre nom.
 

2. Le secteur "non-banques" enregistre des mouvements contrastés

2.1. Les avoirs sont à nouveau en progression

De mars 1985 à mars 1986 les avoirs bancaires en écu sur la clientèle directe, crédits essentiellement, ont non seulement cessé d'augmenter, mais ont même enregistré un léger recul sous le poids des remboursements massifs des emprunteurs italiens.

A partir de mars 1986, la tendance se retourne, en douze mois, les avoirs passent de 14,4 à 16,5 milliards d'écus, soit une hausse de près de 15%.

Cette progression cache de profonds mouvements dans la composition de ces avoirs; les statistiques montrent en effet que les crédits aux non-résidents sont en constante progression et que ceux aux résidents, malgré les remboursements d'emprunteurs traditionnels, ne baissent plus depuis un an.
 


Tableau 3. Avoirs sur "les non-banques" (mds d'écus)


 


- L’encours des avoirs sur les non-résidents. Les eurocrédits en écu, pour l'essentiel des crédits syndiqués à moyen terme à des non-résidents, ont été moins atteints que les eurocrédits en d'autres devises par le phénomène de "sécuritisation" car pour l'essentiel ils continuent d'être accordés sous la forme de crédits bancaires syndiqués classiques. Les montants de ces avoirs sur les non-résidents sont ainsi en progrès constant et régulier: en doublant sur une période de 2 ans ils représentent près de 62% de l'ensemble des avoirs, alors qu'en mars 1985, ils n en constituaient que 40%.

- L'encours des avoirs sur les résidents, principalement des crédits à court terme accordés sur les marchés domestiques, a été ramené de mars 1985 à mars 1986 de 8 à 6 milliards d'écus, depuis lors ce montant est demeuré stable.

La ventilation par centres montre que ce mouvement de recul est imputable principalement aux crédits accordés aux emprunteurs italiens dont l'encours se réduit de 5,3 milliards en mars 1985 à 2,7 milliards en mars 1986 et à 2,5 milliards en mars de l'année suivante (tableau de l’annexe I).

Ce moindre recours à l'écu en Italie ne correspond pas à un désintérêt de l'unité monétaire européenne de la part des entreprises de ce pays, car le rôle des autres devises s'est réduit dans des proportions plus importantes, mais plutôt, vu la réduction des taux d'intérêt italiens et les risques de change encourus sur les devises étrangères, a un recentrage sur les emprunts en monnaie nationale.

Les opérations avec la clientèle domestique des autres Etats membres, la France en particulier, sont également en diminution d'une année sur l'autre, sauf au Royaume-Uni où les crédits aux résidents compensent les baisses constatées dans les autres Etats membres en enregistrant une croissance tout à fait exceptionnelle: 275 millions d'écus en mars 1985, 530 millions en mars 1986 et 1, 10 milliard en mars 1987, soit 18% des crédits aux résidents.

Ce nouveau champ d'activité, ajouté à une forte présence des banques sises au Royaume-Uni dans les crédits bancaires syndiqués propulse le système bancaire britannique au tout premier rang, en compagnie des banques françaises, pour le montant des avoirs en écu sur les non-banques (voir deuxième partie).
 

2.2. Les engagements sont encore en recul

Les engagements du système bancaire, les dépôts de la clientèle essentiellement, qui avaient atteint leur maximum en septembre 1985, 7,4 milliards d'écus, diminuent depuis lors régulièrement de trimestre en trimestre pour tomber à 6,4 milliards en décembre 1986 et en mars 1987. Ce recul, conséquence des difficultés subies par l'écu en 1986, frappe aussi bien les dépôts des résidents que ceux des non-résidents.
 

Tableau 4. Engagements envers "les non-banques" (mds d'écus)


 


Les dépôts en écu qui n'ont, pour le moment présent, qu'un caractère purement financier, n'augmenteront durablement que lorsque se développera véritablement la facturation et le règlement dans l'unité monétaire européenne.

A ces dépôts qui n'ont guère tendance à s’accroître, il conviendrait d'ajouter en bonne logique ceux des institutions monétaires officielles qui, eux, sont plutôt orientés vers la hausse. Ces engagements du système bancaire envers les institutions monétaires officielles, les banques centrales principalement, sont classés dans les engagements envers les banques alors qu'ils devraient faire partie du secteur des non-banques puisque ces organismes ne sont pas des intermédiaires financiers mais des opérateurs finaux qui déposent des fonds auprès du système bancaire.

Bien que ne représentant qu'une partie des avoirs des banques centrales en écu, car celles-ci investissent également dans des obligations dont l'échéance finale ne dépasse pas en général 5 ans, ces engagements envers les institutions monétaires officielles représentent un montant qui n’est pas négligeable. Ces dépôts, en progression, enregistrent parfois des diminutions, dues à leur utilisation aux fins d'intervention sur les marchés des changes par certaines banques centrales.

Peu significatif en volume, leur montant qui est cependant déjà équivalent à 45% des engagements envers les résidents, correspond à un début de diversification des avoirs de réserve des banques centrales.
 


Tableau 5. Engagements envers les institutions monétaires officielles (mds d écus)


3. Le solde à financer varie fortement selon les circonstances

L'écart qui existe entre les avoirs et engagements en écu au détriment des premiers représente l'insuffisance des dépôts par rapport aux crédits accordés. Le financement de ce solde est couvert par les engagements pris dans toutes les monnaies composant l'écu par certaines banque (voir 2e partie) qui ainsi assurent l'équilibre du marché.

Le pourcentage de ce solde par rapport aux avoirs varie fortement d'un trimestre à l'autre en fonction du rythme de progression des avoirs et engagements; son évolution n'est donc pas en soi un trait significatif du marché de l'écu et il n'y a aucune raison de considérer que cette situation est une faiblesse de ce secteur.

Ce pourcentage a atteint le niveau le plus bas: 40% au 4e trimestre 1985 lorsque les crédits avaient déjà diminué considérablement, alors que les dépôts continuaient encore sur leur lancée; fort normalement, il augmente à nouveau, 45% en mars 1986, 61% en mars 1987, avec la reprise des crédits qui tirent le marché tandis que les dépôts continuent à baisser.

Le pourcentage couvert en monnaies nationales redescendrait à 50% au 31 mars 1987 si aux dépôts des résident non-bancaires on ajoutait ceux des institutions monétaires officielles.
 

II. ROLE RESPECTIF DES DIFFERENTS CENTRES

L'image déjà classique d'un marché de l'écu bien typé: les dépôts en Belgique et au Luxembourg, les crédits en Italie et en France, le rôle d'intermédiaire aux banques françaises et britanniques perd de sa netteté au fur et à mesure que la concentration géographique s'atténue et que l'activité en écu s'étend et se diversifie: certains centres conservent leur rang tandis que d'autres cèdent progressivement la place à de nouveaux venus.

Les relevés statistiques à fin mars 1987 permettent de se faire une idée assez précise de la place respective de ces différents centres dans deux secteurs d'activité: les relations avec le secteur des non-banques et l'alimentation du marché. (tableau de l’annexe III).
 

1. Les relations avec le secteur des non-banques

1.1. Les avoirs : recul de certains centres au profit de nouveaux venus

Sont classés dans un premier groupe (d'après le tableau en annexe I), les banques françaises et leurs homologues du Royaume-Uni. Les banques françaises qui depuis un an ont ravi le premier rang à l'Italie, grâce à une activité honorable sur l'euromarché et à des crédits domestiques encore importants mais en régression, risquent de perdre cette place au profit des banques britanniques qui font jeu égal avec elles sur l'euromarché, mais développent maintenant considérablement leurs crédits domestiques.

Dans un second groupe se situent les banques italiennes en constant recul par suite d'un affaiblissement de leur activité sur leur marché domestique non compensé par une présence sur l'euromarché et les banques belges et luxembourgeoises. Les banques belges qui ont une petite activité en matière de crédit domestique comme leurs homologues luxembourgeoises ont comblé leur retard sur ces dernières dans le domaine des eurocrédits.

De nouveau venus apparaissent dans un troisième groupe: les banques allemandes qui sont présentes sur l'eurocrédit, tout particulièrement en faveur des entreprises italiennes, puis les banques espagnoles et les banques suédoises grâce à leur activité domestique. Des banques irlandaises, autrichiennes et japonaises émergent dans les statistiques de la BRI montrant ainsi que la diversification géographique de ce marché va en progressant hors des quelques centres qui furent à l'origine du développement du marché.
 

1.2. Les engagements : primauté des banques du Benelux et du Royaume-Uni

D'après le tableau "Engagements envers le secteur non-banques" en annexe II, le volume global des engagements vis-à-vis du secteur non-bancaire: les dépôts de la clientèle, n'a pas encore retrouvé au 31 mars 1987 le niveau: 6,4 mrds d'écus (7,3 mars de $), qui était le sien l'année précédente à la même époque, 6,8 mrds d'écus (6,4 mrds de $).

Dans ce contexte maussade, seules les banques du Bénélux et du Royaume-Uni exercent véritablement une activité en ce domaine, les banques des autres centres subissent un handicap du fait de l'existence dans leur pays d'un contrôle des changes ou d'une réglementation spécifique qui leur interdit de prospecter la clientèle domestique.

Les banques luxembourgeoises, toujours en tête, font la différence avec les banques belges précisément grâce aux dépôts des résidents. Les banques britanniques talonnent les banques néerlandaises grâce à la collecte de ces dépôts domestiques qui va en augmentant dans ce pays alors qu'elle décroît aux Pays-Bas. On ne peut cependant préjuger de l'activité de ce secteur en Grande Bretagne, trop dépendant du flottement de la livre sterling.
 

2. Le financement du solde est une tâche essentielle dans le marché de l'écu

2.1.Le marché est rééquilibré grâce aux monnaies composantes

La quasi-totalité des banques financent les crédits qu'elles accordent par un engagement sur le marché monétaire de l'écu, ainsi qu'elles le font pour leurs opérations dans les autres devises, en laissant à quelques-unes d'entre elles le soin de couvrir le solde et d'équilibrer le marché en s'engageant dans les monnaies composant l'écu.

D’après le tableau de l’annexe III, le solde au 31 mars 1987, 10,1 mrds de dollars, qui est la différence entre le total des avoirs. 75,1 mrds d'écus et le total des engagements, 65,0.mrds d'écus est couvert en monnaies composantes. Cet engagement sert à financer la position vis-à-vis du secteur banque équilibrée globalement, 58,6 mrds d'écus et le solde, 10,1 mrds, entre les avoirs, 16,5 mrds et les engagements, 6,4 mrds d'écus sur le secteur non-banques (voir deuxième partie du tableau en annexe III).

Grâce aux statistiques établies maintenant chaque trimestre par la BRI, il est possible de connaître la position respective de chacun de ces centres face à l'équilibre du marché. La majorité d'entre eux s'engagent en monnaies composantes pour constituer des écus mais certains (Italie, Autriche, Finlande) au contraire, se constituent des avoir en monnaies composantes en "détruisant" les écus reçus en remboursement au lieu de les remettre dans le circuit bancaire. En tenant compte du fait qu'il y a eu destruction d'écus pour un montant de 500 millions, il a fallu en assembler pour un montant de 10,6 mrds afin de couvrir le besoin de financement de 10,1 mrds, précédemment mentionné.
 

2.2. La position de chaque centre dans l'équilibre de le marché est différente

Les banques françaises et belges assurent à elles seules la couverture de près de 80% du solde à financer; elles s'engagent en monnaies composantes à la fois pour alimenter le marché entre banques et pour servir les crédits qui ne sont pas couverts par les dépôts en écu. Les écus constitués par les banques françaises : 5,6 mrds d'écus, leur servent à l'alimentation du marché entre banques pour 2,8 mrds et à la couverture du solde des crédits à hauteur de 2,8 mrds également.

2,7 mrds d'écus sont collectés par les banques belges qui les utilisent de la même manière que les banques françaises pour financer le marché entre banques : 1,6 mrd et couvrir le solde des crédits 1,1 mrd.

Les banques luxembourgeoises , allemandes, britanniques et suédoises couvrent le solde des crédits qu'elles accordent à la fois en recourant au marché interbancaire et en assemblant les monnaies composantes.

Les banques luxembourgeoises, pour couvrir le découvert dû aux crédits qu'elles accordent: 400 millions d'écus, font appel aux monnaies nationales, pour un montant de 200 millions et aux engagements bancaires pour 200 millions également. les banques néerlandaises qui ont un montant de dépôts supérieur à celui des crédits, 300 millions, ont cependant encore besoin des monnaies composantes, 400 millions pour couvrir leur activité dans le marché entre banques, de 700 millions d'écus.

Les banques japonaises, irlandaises, danoises et espagnoles, nouvelles venues sur le marché, n'assemblent pas de monnaies composantes et opèrent uniquement par le canal du marché entre banques.

Les banques italiennes, sont dans une situation particulière contraire à celle de la majorité, les statistiques amènent à penser en effet qu'elles "détruisent" de l'écu au lieu de l'assembler. La position débitrice du secteur bancaire italien a dire vrai peu significative vis-à-vis des banques est supérieure à leur position créditrice vis-à-vis des non-banques. Cet excédent de ressources disponibles en écu aurait alors pour contrepartie des avoirs dans les monnaies composantes, ou en autres devises au prix d'un risque de change.
 


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III. LE DIFFICILE ENVIRONNEMENT DU MARCHE BANCAIRE DE L'ECU

L'année 1986 qui a enregistré une pause dans la progression du marché bancaire de l'écu a été marquée par un environnement monétaire difficile : baisse considérable du dollar qui en contrepartie a accru l'attrait du DM, chute de la livre sterling et réalignements successifs au sein du SME. Cette phase de consolidation, sans doute nécessaire après les progrès très rapides des premières années, est peut-être l'occasion d'une mutation qui renforcerait les perspectives d'un développement international du marché de l'écu.

Aux yeux des résidents communautaires, les deux vertus de l'écu : un taux d'intérêt moyen combiné avec un taux de change raisonnablement stable ont vu leurs attraits s'étioler en 1986. Alors que la convergence des politiques monétaires menées par les Etats membres réduisait la dispersion des taux d'intérêt, diminuant du même coup l'avantage d'un taux moyen, les monnaies du SME enregistraient des écarts de change importants. Les investisseurs du Bénélux constataient la perte de valeur, si peu élevée soit-elle, d'un écu qu'ils considéraient jusqu'alors aussi bon que leur propre monnaie, tandis que les emprunteurs italiens et français enregistraient des pertes de change que ne compensaient plus l'écart avec les taux d'intérêt nationaux.

L'écu qui par nature n'est par la meilleure devise pour maximaliser les rendements globaux subit en outre la concurrence, découlant de la libéralisation des mouvements de capitaux, de nouvelles euro-devises communautaires : couronne danoise tout d'abord, mais aussi franc français, lire italienne et même franc luxembourgeois. Plus généralement, ainsi que le note la Bundesbank dans son article sur l'écu: "Avec la libération progressive du marché des capitaux, l'écu devra de plus en plus affronter la concurrence des monnaies contrôlées par les Banques centrales" (3).

Alors que l'attrait de l'écu comme alternative à la monnaie national s'estompe sur les marchés domestiques, ses avantages en tant que panier de monnaies européennes commencent à apparaître à tous ceux que à un titre ou à un autre, ne serait-ce que en tant que "bon père de famille européen" considèrent les avantages anti-spéculatifs de l'écu. On constate ainsi un début d'internationalisation de l'usage de l'unité monétaire européenne dont le rôle n'est pas d'entrer en concurrence sur le marché domestique avec l'une ou l'autre monnaie nationale, mais de représenter toutes les monnaies communautaires pour qui opère hors du territoire national.
 



(1) D’après Monatsberichte der Deutschen Bundesbank, August 1987 "die Märkte für private ECU" p. 33
(2) A moins qu’autrement spécifié, les chiffres mentionnés sont exprimés en écu.
(3) Article de la Bundesbank, déjà cité p. 35.


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